On brasse de l’air

10 septembre 2009 par uma70

http://www.lepoint.fr/content/system/media/1/200809/21995_une-emmanuelli.jpg

Peu emballé par les prescriptions de Martine Aubry visant à rénover le PS, Henri Emmanuelli estime que les socialistes doivent avant tout répondre aux inquiétudes des Français. Entretien JDD.

On vous a peu ou pas entendu vous exprimer au sujet du PS après l’université d’été de La Rochelle. Pourquoi ?

Parce que je n’avais pas envie de parler. Et pour tout vous dire, je ne me suis même pas déplacé à La Rochelle pour ne pas subir une fois de plus cette actualité qui est aujourd’hui co-produite par les médias et les politiques. C’est une manière de faire que je trouve affligeante et à laquelle je ne souhaite absolument pas participer. Je prends un exemple : j’ai lu que Vincent Peillon avait fait à Marseille « une déclaration historique » en prônant une alliance – impossible – qui irait de Bayrou à Besancenot. Mais je m’écroule de rire ! On parle de quoi, là ? On brasse de l’air, et ce, dans un seul but : faire le tour des plateaux de télévision…

En même temps, à La Rochelle, Martine Aubry a envoyé des signaux forts afin de rénover le PS, que ce soit sur le non-cumul des mandats ou l’instauration de primaires ouvertes…

Sur les primaires, que voulez-vous que je vous dise ? J’en ai fait une fermée contre Lionel Jospin en 1995, et cela ne nous a pas porté chance. On en a fait une un peu plus ouverte en 2007 et cela n’a pas marché non plus. Maintenant, si on l’ouvre entièrement, je pense que l’on s’achemine tout droit vers un scénario à l’italienne (c’est-à-dire vers la désignation d’un candidat de centre gauche, ndlr) qui ne me convient pas. Tout ça pour dire qu’on ne règle pas les problèmes politiques en se penchant sur celui des modalités. Certains se sont imaginé qu’en parlant de nous, socialistes, on allait résoudre nos problèmes de fond politique ou de leadership. Et bien non, c’est en parlant des autres, des Français, que l’on fait avancer les choses.

Justement, Martine Aubry fait preuve d’ouverture quand elle propose un questionnaire aux militants sur les grands chantiers de la rénovation au PS. Qu’en pensez-vous ?

Mais ce n’est en rien une idée nouvelle ! Des questionnaires, on a dû en faire au moins six au cours des vingt dernières années ! Je ne dis pas que c’est un empêchement, mais franchement, le Parti socialiste ferait mieux de s’occuper des vrais problèmes des gens. Il est temps de passer à l’action contre la politique du gouvernement. Tout le reste n’intéresse pas les Français.

Oui, mais pour passer à l’action, il faut bien que le PS soit en ordre de marche et qu’il adopte des règles claires de gouvernance…

D’accord, mais son premier rôle est, je le répète, de s’opposer fermement à la droite, à travers un véritable projet politique : prenez l’exemple de la taxe carbone. Comment le gouvernement veut la compenser ? En baissant l’impôt sur le revenu. On retrouve ce qui est axiomatique de toutes les politiques de droite, à savoir moins d’impôts directs et plus d’impôts indirects. Ce sont ces injustices-là que le PS doit dénoncer quand il s’adresse aux Français, au lieu de parler de primaires dont les gens n’ont absolument rien à faire.

A gauche, le chantier des alliances est ouvert, avec des Verts, notamment, qui ont le vent en poupe et des exigences fortes vis-à-vis du PS…

Il y a en effet des excès ces derniers temps de la part des Verts. C’est une situation que j’ai déjà connu quand j’étais premier secrétaire du PS. Comme en 2009, en 1994, les écologistes avaient fait un bon score aux européennes, et nous un très mauvais. Sur un plateau de télévision, Brice Lalonde m’avait alors dit : « Nous allons nous croiser dans les escaliers, vous descendez, je monte… » Ça ne s’est pas tout à fait passé comme il l’avait prédit… Je ne dis pas que le PS se trouve en position de force à gauche, néanmoins, il en a la responsabilité principale et il doit l’assumer au mieux.

C’est justement ce que vous reprochent les Verts : cette idée que tout doit tourner autour du PS à gauche…

Je ne dis absolument pas cela, et je plaide pour que nous traitions d’égal à égal avec eux. Je vous signale au passage qu’avec Benoît Hamon, nous avons tous les deux proposé à la direction du PS d’offrir des têtes de liste à nos alliés Verts pour les prochaines élections régionales. Nous n’avons pas été entendus, et je le regrette.

Certes, mais vous employez le verbe « offrir », que certains peuvent considérer comme péjoratif…

Mais, on est dans la cour de récré là ! Je ne veux pas rentrer dans ce genre de débat. Ce que je veux dire, c’est que je ne trouverais pas anormal que dans les négociations avec les Verts, il y ait ici ou là un ou une président(e) écologiste. Il est faux de penser que je traite nos partenaires avec mépris ou avec arrogance. En revanche, je leur dis tout de même de bien réfléchir avant de se lancer seuls dans la bataille, comme cela semble être leur volonté. Ils ne sont pas sûrs d’arriver à bon port.

Quid de François Bayrou, qui propose une « offre publique de dialogue » à la gauche ?

Je pense surtout que M. Bayrou a pris la seule direction qui lui était possible de prendre. De vouloir dialoguer n’a rien de choquant en soi, mais son seul projet est d’être au second tour de la présidentielle à notre place. Et je pense que mon rôle n’est pas de lui faciliter la tâche… Sur le fond, il y a certes des sujets sur lesquels nous pouvons être tout à fait en phase, comme la défense de la démocratie, mais sur d’autres, notamment économiques et sociaux, je pense qu’il a encore beaucoup de chemin à accomplir avant de pouvoir nous rejoindre. Et à choisir, je préfère un candidat qui représente mon orientation politique plutôt que la sienne.

Vous qui incarnez l’aile gauche du PS, vous n’êtes pas tenté de vous émanciper, de créer votre propre mouvement, comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon avec le Parti de gauche ?

Cette tentation a été récurrente chez beaucoup de personnes, mais, et les faits me donnent raison, j’observe que tout ce qui a été tenté en dehors du PS n’a jamais eu beaucoup de succès. François Bayrou est d’ailleurs en train de s’en rendre compte. Quand je m’assois à l’Assemblée nationale et que je vois 202 députés socialistes pour seulement deux députés du Modem (trois en réalité, ndlr), je ne me sens pas terrorisé, ni en position d’infériorité : si eux veulent nous rejoindre, pourquoi pas, mais ce n’est pas à nous d’aller vers eux. Ce serait le monde à l’envers tout de même !

Henri Emmanuelli

Une taxe carbone ? Oui, mais de gauche !

9 septembre 2009 par uma70

La « contribution climat énergie » n’est pas une taxe carbone, explique Marie-Noëlle Lienemann. Ancien membre de la commission environnement et de la commission spéciale « changement climatique » du Parlement Européen, elle demande la mise en place d’une vraie taxe carbone, dans le cadre d’une fiscalité écologique de gauche. Avec une certitude : il existe une alternative intelligente aux propositions Rocard/Sarkozy.

Le débat sur la « contribution climat énergie » s’engage dans une extrême confusion et les propositions de la commission Rocard vont discréditer l’idée, pourtant essentielle, d’une fiscalité écologique.

La contribution « climat énergie » est purement et simplement une taxe sur la consommation intérieure d’énergie qui aura pour effet de pénaliser le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes et la compétitivité des entreprises. Cette taxe n’a rien à voir avec la taxe carbone qui doit être fondée sur le bilan global carbone des produits et s’imposer aux importations aussi bien qu’à la production nationale, ce qui favoriserait l’éco-innovation et pénaliserait les transports de longue distance comme les délocalisations infondées. Il est indispensable d’aller vers cette taxation du carbone. Au-delà, créer un impôt injuste pour reverser des compensations aux personnes modestes est une usine à gaz socialement polluante et absurde !

Il faut reprendre immédiatement le principe d’une taxe carbone sur tous les produits et services. Elle doit pouvoir ainsi contribuer à relocaliser de nombreuses activités. Elle doit être mise en place progressivement sur les produits les plus carbonés et par filière. Il faut taxer sur la base du bilan carbone qui doit être généralisé et systématique. On nous objecte sa complexité, en particulier pour établir les kilomètres parcourus entre la production et la consommation. Pour simplifier la donne et éviter les critiques de l’OMC, on pourrait définir des zones de distances moyennes. La complexité est un argument à géométrie variable, hier utilisé contre la taxe Tobin qui semble aujourd’hui réhabilitée. La complexité des produits dérivés, elle, n’a rebuté personne, bien au contraire !

De toute façon, si on veut lutter contre l’effet de serre et « dé-carboniser » nos économies, il faut généraliser la traçabilité des produits et les bilans « carbone ». Puisque nous avons beaucoup de jeunes au chômage, il y aurait urgence à créer des emplois jeunes pour aider les PME, les collectivités locales, les associations à établir leur bilan carbone et les conseiller pour économiser la consommation d’énergie. Ces emplois, financés d’abord par la puissance publique, pourraient à terme devenir marchands et être source de la création de nombreuses entreprises. Exigeons-le immédiatement !

La taxation systématique de la consommation d’énergie est injuste car elle touche des personnes qui n’ont, le plus souvent, pas d’alternative pour la réduire.

50% des habitants sont des locataires, ce ne sont pas eux qui vont pouvoir transformer la qualité thermique de leur appartement. Certes ils pourront réduire fortement leur chauffage mais l’enjeu est d’abord la nature du logement… Alors il existe des alternatives comme faire payer aux propriétaires une taxe sur le logement en fonction de la classe thermique ( A,B,C,D…). Si le propriétaire fait des travaux, ceux-ci sont déduits de l’impôt cela s’ajoutera à l’éco-prêt à taux zéro. Pour les plus impécunieux, il faudra doper la Prime d’Amélioration de l’Habitat qui est une subvention complémentaire.

Dans le domaine des transports, il serait absurde de faire payer à la SNCF, à la Ratp, les transports en communs (ceux par bus pourraient être taxés en fonction de la qualité énergétique de la flotte). En revanche, il faut pousser à la densité urbaine, combattre l’étalement urbain et la spéculation foncière qui envoie, loin des centres et des transports en commun, les plus modestes. On doit taxer de façon progressive et dans certains cas confiscatoire les plus-values foncières et immobilières excessives. On pourrait créer une taxe de « sous densité » sur le foncier en fonction de l’occupation de la parcelle dans les centres urbains.

Ces deux exemples montrent qu’il existe des fiscalités écologiques justes, incitatives et non aveugles.

Il est clair qu’il nous faut progressivement accroître le coût de l’énergie et tenir compte de sa pollution. Mais on ne commence pas par taxer tout le monde et empêcher les investissements structurants permettant de réduire la révolution thermique ! Il faudra planifier la hausse des prix, en fonction des progrès déjà réalisés et à promouvoir. Ce qui exige une planification écologique sérieuse et nécessite de créer une tarification de l’énergie et de l’essence qui soit stable (les yoyos du prix du pétrole tuent la « rentabilité » de certains travaux d’économie d’énergie et du coup dissuadent de s’y engager !). Elle doit aussi, pour le gaz et l’électricité, être progressive en fonction de la consommation pour combattre le gaspillage sans pénaliser les familles modestes. Hélas cette stratégie devient très difficile avec la libéralisation. Néanmoins c’est possible, par exemple en relançant l’idée d’une TIPP flottante qui permette de stabiliser les prix en dépit des cours du pétrole et qui augmenterait très progressivement.

Ces propositions ne sont pas exhaustives. Ces quelques exemples montrent qu’on peut concevoir une fiscalité écologique de gauche ! Les propositions Rocard, de Sarkozy, ne le sont pas. Des alternatives existent !

Par ailleurs, rappelons que l’Union Européenne, donc la France, ont adopté un plan énergie-climat qui impose à chaque Etat membre, pour 2020, une réduction de 20% de notre énergie primaire consommée, de 20% des émissions de CO2 et la production de 20% de notre énergie en énergie renouvelable. Cette ambition est en-deçà des demandes des experts du GIEC, mais quoi qu’il arrive à Copenhague, c’est la base minimale qui s’impose à nous. Nulle étude ne prouve, et encore moins ne chiffre les économies acquises par une contribution climat énergie. Il y a de très nombreuse décisions à prendre immédiatement pour atteindre ces objectifs et là, du coté du gouvernement, des politiques industrielles, des collectivités locales, la mobilisation est insuffisante. Et là il y a urgence !

Marie-Noëlle Lienemann

« Benoît Hamon, un socialiste authentique »

5 septembre 2009 par uma70

« La France de Frangy-en-Bresse est bien loin de la France du Nouvel Observateur et de slate.fr.

On y trouve une France qui vit à son rythme, à celle des saisons, bien loin de la vie moderne et de ses vicissitudes.

Cette année, la traditionnelle Fête de la Rose, voyait Arnaud Montebourg accueillir Benoît Hamon. Une bien belle journée qui commença par un ban bourguignon pour souhaiter la bienvenue au porte-parole du PS. Il s’ensuivit un repas avec un succulent poulet de Bresse et un petit coup de rouge (voir plus, il faut bien le dire, et sans modération).

poulet de bresseOn voit des gens de Saint-Étienne et on parle football. On a des gestes attentionnés envers les bénévoles qui se démènent pour organiser cette fête authentiquement populaire. On pourrait même se dire qu’au cœur de cette France rurale et profonde, le Socialisme se ressource, reprend vie.

L’esprit de la common decency, porté par Georges Orwell et aujourd’hui par le philosophe Jean-Claude Michéa, flotte dans l’air. Heureusement que quelques courtisans jouent des coudes pour être au plus prêts de Montebourg et d’Hamon, ou déclarent que la chanson de Grégoire « toi plus moi » est « trop bien » pour me replonger dans notre fabuleux monde libéral.

Montebourg fait du Montebourg, replongeant à merveille dans ses habits d’avocat hâbleur. Il met les rieurs dans sa poche. Il en fait beaucoup sur les primaires, cet objet médiatique de la rentrée. Il recueillera des applaudissements polis de la France des gens ordinaires.

Benoît Hamon prend à sa suite la parole du haut de la tribune, ou plutôt de l’estrade. Il est droit, posé. Le silence se fait. Les gens ordinaires sont attentifs et respectueux comme auprès des instituteurs d’autrefois avant que le pédagogisme en ait fait un copain de l’apprenant. Un style dépouillé, très peu d’effet de tribune. Il est conforme à ce que j’avais déjà vu auparavant de l’autre côté de mon écran : un chef habillé dans les habits du Socialisme. Comme au congrès de Reims où il eut cette superbe phrase alors que Martine AUBRY avait été effrayée par une petite bête (« j’ai tué l’araignée »). Il avait poursuivi avec un hommage au service ordre qui avait remis à leurs places quelques scribouillards.

Ce même Hamon s’était imposée avec ses idées lors de l’émission de France 4 avec des lycéens. Il n’avait pas joué au jeune quadra. Il était venu en costume-cravate. Il avait tenu ses positions, notamment sur son refus du travail le dimanche malgré que cette mesure apparaisse populaire auprès de son auditoire. Finalement, il avait convaincu.

hamon frangyAlors à Frangy, en cette fin d’après-midi ensoleillée, Benoit Hamon a tracé une ligne. Il a redit que, face à la crise économique actuelle, le politique devait reprendre son rôle, sa fonction. Il a défendu la mise en place d’un protectionnisme européen. Il a plaidé pour la constitution d’un pôle public pour l’énergie et l’eau. Il a également cité l’ennemi. Cela change. Au Parti Socialiste, on était adepte, depuis de nombreuses années, du feu M. Jackson : nous sommes le monde, nous sommes les enfants. On est tous copain-copain, plus aucun antagonisme. Alors Hamon a cité des noms : Denis Olivennes et Jean-Marie Colombani. Ces tristes sbires, soi-disant de gauche, qui ne cessent de critiquer le Parti Socialiste qui est, comme de bien entendu, trop à gauche. Son socialisme sera à l’inverse de ces laudateurs du social-libéralisme.

Cette ligne définit par Benoit Hamon, par le courant Un Monde d’Avance et par bien d’autres socialistes donnera de l’urticaire à des membres du Parti Socialiste. C’est dans la logique des choses dans un Parti où l’influence des libéraux-libertaires est importante. Cette ligne socialiste, et seulement socialiste, est la seule qui permettra au Parti Socialiste de retrouver l’oreille et les cœurs des gens ordinaires. Après, on pourra parler de recomposition politique. »

Nicolas Lambolez

Banquiers : une nouvelle opération de communication de l’Elysée

27 août 2009 par uma70

Libération.fr -Septième rendez-vous en un an entre les banques françaises et l’Elysée, cette réunion est-elle un énième rappel à l’ordre sans grande conséquence ?

Liêm Hoang-Ngoc – Ce rendez-vous est une nouvelle opération de communication dont le Président de la République est coutumier. Il veut faire croire à l’opinion publique qu’il continue d’agir en cette rentrée, à l’heure où le chômage officiel passe au-dessus de la barre des 2,5 millions victimes. Si l’Etat avait voulu « moraliser » le système, il aurait pu le faire dès décembre 2008 lorsqu’il a décidé de recapitaliser les banques françaises. Il l’a malheureusement fait sans entrer dans le capital des banques, ce qui revient à procéder à un sauvetage sans contrepartie. L’Etat aurait au contraire pu entrer au capital des banques et alors décider, comme membre du conseil d’administration, de la politique de rémunération des dirigeants et des traders. Depuis, cette recapitalisation a atteint 21 milliards d’euros, dont 5 pour BNP-Paribas… Le gouvernement aurait également pu engager une vaste réforme fiscale pour corriger les inégalités qui se sont accentuées dans le capitalisme financier. Il affiche une certaine velléité de réduire le nombre de niches fiscales. Malheureusement, il a créé dès son arrivée une énorme niche de 15 milliards, appelée paquet fiscal, à l’intérieur duquel la quasi-suppression des droits de succession et le bouclier fiscal ne feront qu’améliorer la situation des gagnants du casino financier.

Nouveauté de ce jour, le systeme de malus. Est-il selon vous une bonne solution ? Peut-il décourager les opérations boursières risquées ?

LHN – Le système du malus consiste à ne pas verser les provisions faites pour les bonus, en cas de mauvais résultats. La BNP ne fait d’ailleurs rien d’autre que d’appliquer ce système, en annonçant une provision d’un milliard dont elle ne décidera du versement que dans quelques temps, conformément aux recommandations de la Commission européenne et du G20. Ce système découragera-t-il les pratiques risquées ? Ce n’est pas sûr, tant il ressemble au mécanisme des stocks options, qui consiste à immobiliser pendant un certain temps la récompense accordée sous forme d’actions, dans l’espoir que celles-ci engendrent des plus-values. Rappelons que le système des stocks options a notamment été créé pour inciter les cadres à tout faire pour que la valeur de l’action grimpe. Ce qui passe, pour rendre l’action attractive, par la maximisation de la rentabilité financière des banques, donc la « prise de risques » de ses traders, sous le regard bienveillant de leurs dirigeants…

Quelle influence aura Michel Camdessus, nommé contrôleur des rémunérations ?

LHN – Le Président de la République ne fait que copier Barak Obama, qui avait nommé un superviseur dans le conseil d’administration des banques faisant l’objet d’une aide de l’Etat, pour veiller à leur politique de rémunération. N’oublions pas qu’Obama avait pris cette mesure minimale, suite au refus du Sénat de voter sa proposition de taxer à 90% les primes des bénéficiaires de salaires supérieurs à 250 000 dollars !

http://www.argentquidort.com/blog/wp-content/uploads/2009/01/argent-en-banque.gifLe fonds de consolidation peut-il permettre aux banques d’accorder plus de confiance aux PME ?

LHN – Rien n’empêche aujourd’hui les banques d’accorder des prêts à bas taux aux PME. Malheureusement cette activité est moins juteuse que les activités de marché qui ont permis à leurs profits de se maintenir. Par ailleurs, les encours de crédits accordés sont faibles parce que l’activité reste morose, signe que le plan de relance du gouvernement est insuffisant. Celui-ci n’est pas parvenu à relancer l’investissement, tandis que la consommation et les exportations n’ont tenu que grâce aux « primes à la casse » française et allemande (les Allemands achetant beaucoup de voitures françaises actuellement). Le gouvernement va mettre un terme à la prime à la casse, sans prendre de réelle mesure de nature à soutenir véritablement la consommation.

Le sommet du G20 peut-il déboucher, selon vous, sur une harmonisation internationale ou européenne dans la lignée de ces mesures françaises ? Si non, les banques, défavorisées, suivront-elles ces règles ?

LHN – Il appartient aux Etats de s’entendre pour coordonner leurs politiques fiscales et leurs réglementations du système bancaire. Tout dépend de leur volonté de s’affranchir des pressions des lobbies financiers, qui pensent que tout va pouvoir repartir comme avant sans que l’on n’ait fondamentalement à modifier les règles du jeu.

-Vous êtes partisan d’une entrée de l’Etat dans le capital des banques, est-ce la seule solution à vos yeux pour ramener de la « morale » dans le système bancaire ? Pourquoi ?

LHN – L’entrée de l’Etat dans le capital est pragmatiquement nécessaire pour nettoyer les bilans, encore gangrenés par des produits toxiques, ces derniers risquant de réapparaître avec la récession. On se focalise sur le crédit hypothécaire. Mais n’oublions pas que tous les crédits à la consommation ont été titrisés, y compris en Europe. Il y a en France une trentaine de milliards de crédits risqués aux entreprises (les LBO, qui sont des prêts gagés sur la valeur future des entreprises rachetées). L’entrée dans le capital des banques permettrait aussi de réorienter leur politique de crédit en direction des PME dans le cadre d’un véritable plan de relance tiré par une politique industrielle qui aurait un impact sur les carnets de commandes des sous traitants. Mais il faut, de plus, redéfinir les règles du jeu afin, notamment, d’encadrer sévèrement la titrisation1, à l’origine de la prolifération des dérivés de crédits toxiques dans les bilans des banques, qui rémunèrent grassement leurs traders pour spéculer sur ces produits.

Liêm Hoang Ngoc

Se tourner à nouveau vers le monde

27 août 2009 par uma70

Le Système est devenu définitivement allergique à toute idée de régulation, de compromis, de partage. La cupidité des bénéficiaires des nouveaux privilèges et des rentes boursières a atteint un degré d’anti-humanisme qu’il n’est plus possible de raisonner. De ce fait, l’Etat providence a été mis hors jeu et son soubassement social-démocrate avec. Après quelques sentences cyniques sur la mort du capitalisme, prononcées le plus souvent par ses serviteurs soudains zélés pour le moraliser, chacun s’est finalement contenté de la mise au coffre du banquier Madof : le coupable étant trouvé, la Machine, cette folie qui gangrène la planète entière, peut repartir de plus belle. A la recherche permanente de gains déments et immédiats, les profiteurs voraces ne se préoccupent même pas de savoir qu’ils ont engendré le pire : à ce rythme, nos jours sur cette Terre sont peut-être comptés.

C’est à nouveau vers le Monde qu’il faut se tourner

C’est le destin et le dessein de la gauche de porter la construction d’un projet pour l’Humanité.

Au fond, pourquoi militons-nous à gauche ? Si le modèle capitaliste est explicitement le contrepoint de notre projet d’émancipation, l’anticapitalisme ne signifie rien de plus que ce qu’il proclame. Autrement dit, il reste un slogan pauvre. L’anticapitalisme, comme rejet de l’exploitation économique de la masse des hommes et des ressources naturelles par une poignée de propriétaires est essentiel mais ne suffit pas à dessiner un projet politique d’émancipation des hommes et particulièrement des femmes, premières victimes des désordres du monde et des rapports de domination. C’est précisément la question de la perspective, de l’autre monde – de ses contours, de ses buts, de ses moyens (y compris pour déposséder les possédants, moyen que ne pensent plus les socialistes) – qui doit être au cœur de notre propos.

Que combat on ?

http://www.planetecologie.org/ENCYCLOPEDIE/EnvironQuotidien/Sites/images/globe.gifSanté, éducation, communication, justice, alimentation, logement etc. ce que déconstruit méthodiquement le libéralisme mondialisé ne porte en germe rien d’autre que la déshumanisation des rapports sociaux et peut-être même le chaos social et politique pour de longues années. Aujourd’hui, la soumission de nos industries aux logiques d’argent déshabille l’Europe et augure d’une incapacité prochaine à assumer concrètement l’indépendance et l’unité du continent européen, déjà mise à mal par la concurrence institutionnalisée entre les peuples. En pleine crise, les sommes versées dans les banques ou les entreprises de construction automobile, comme on verse l’eau dans le tonneau des Danaïdes, sont sans contrepartie : chaque euro donné est ainsi un euro donné gratuitement par le contribuable, obligé de s’en remettre à l’honnêteté économique des bénéficiaires et, peut-être, à des temps meilleurs… Le pouvoir politique lui-même devient l’un des meilleurs agents des intérêts de quelques-uns. Pendant ce temps, la cohorte des sans emploi qui vient allonge la liste de ceux qui n’auront bientôt plus rien à perdre…

Le pouvoir en place inquiète aussi de plus en plus démocrates et républicains : fichiers généralisés, procédures de justice expéditive, pratiques policières agressives (arrestations spectaculaires, rafles, contrôles arbitraires), chasse aux immigrés pauvres, pénalisation de l’enfance délinquante, discours sur les prédispositions génétiques… C’est tout l’espace européen qui est percuté par ces dérives. Les mises au pas des contrepouvoirs institutionnels et médiatiques en disent long sur les dérives liberticides en cours, comme s’il s’agissait d’empêcher toute réaction organisée et durable des classes sociales qu’on appauvrit par ailleurs… Pendant ce temps, les dérives racistes en Italie et en Grèce inquiètent. La persistance de l’extrême-droite en Autriche à un haut niveau fait peur. Bien d’autres signaux nous alertent et la liste des ombres inquiétantes est longue. C’est dans ce climat d’insécurités, souvent construites volontairement, que le parti de l’ordre fonde sa légitimité.

La droite libérale et autoritaire fonde ainsi sa politique sur cette double agression : le pouvoir aux riches d’abord ; le pouvoir au Pouvoir ensuite.

D’abord, donner du Sens :

Jamais la civilisation humaine n’a atteint un tel degré de connaissances, de savoirs, de technologies, de techniques, de sciences, de médecine susceptibles de faire le bien commun ; la droite reste ontologiquement incapable de répondre à cet enjeu de civilisation alors que la gauche doit précisément incarner la dignité de l’Humanité.

Nourri de toutes ses écoles (et l’écologie politique en est désormais une à part entière) le but du socialisme est triple : l’indépendance du Monde, l’émancipation du genre humain et l’épanouissement de l’individu, chaque horizon étant consubstantiel de l’autre. Ce qui signifie aujourd’hui : remettre en cause le modèle productiviste ; réduire les écarts de revenus en augmentant réellement la rémunération des travailleurs dans le monde ; refonder la notion de propriété en économie ; dépasser les historicités guerrières pour tendre vers l’unification du monde…bref aller à l’idéal. En précisant à cette étape qu’un tel dessein n’aura de portée réelle que s’il établit in fine, en fait et en droit, l’égalité des femmes et des hommes, et lutte contre les rapports de dominations sociaux, collectifs et individuels.

Parce que nous nous situons dans une perspective universelle, nous revendiquons un parlement démocratique – et donc aussi un gouvernement – mondial. On ne peut vouloir l’unification du Monde et rester paralysé à l’idée que les résolutions des Nations unies sont, pour les plus essentielles, des lettres mortes. On ne peut souhaiter l’indépendance du Monde et accepter sa prise en otage par des intérêts privés. On doit pouvoir hisser haut l’idée d’une monnaie commune (les Chinois ont soulevé ce thème récemment en suggérant l’hypothèse d’une monnaie de réserve mondiale), et pourquoi pas unique à terme ? On doit reposer la question de l’appropriation des biens ou des industries essentiels à notre vie et à notre civilisation que sont l’air, l’eau, l’espace et ses planètes, le pétrole, le gaz, les transports, les télécommunications, les banques etc. en inventant par exemple des consortiums publics, locaux ou mondiaux.

Défaire le mensonge de Tina (« There Is No Alternative ») :

Les pouvoirs actuels nous expliquent tranquillement que nous allons devoir nous résigner à vivre moins bien qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, quand la moitié du monde n’était qu’un champ de ruines sur lequel nous avons pourtant su construire dans de nombreux pays le plus beau système de solidarité entre les hommes : la sécurité sociale. Ce simple exposé (« vivre moins bien dans un monde plus instruit et plus riche ») est à la source du bug mental qui est train de s’opérer dans les esprits : les explications qu’on nous fournit pour justifier le recul de notre condition d’animal civilisé ne sont tout simplement pas possibles à l’aube du XXIème siècle. A l’évidence, le pouvoir et les puissants mentent : tout ou presque existe aujourd’hui pour construire le bien commun de chaque être humain sur la Terre. L’instruction, l’accès à l’eau, l’accès aux soins et aux médicaments, l’accès à un logement desquels sont aujourd’hui exclus des milliards de citoyens sont des rêves accessibles en quelques années. L’argent existe, pour s’en convaincre il faut s’arrêter un instant sur quelques chiffres. Ceux de la France suffisent à la démonstration : le salaire moyen des 50 premiers patrons en 2007 s’établit à 383 000 euros soit 310 fois le Smic et il a augmenté de 58 % ; 10 % de la population possède 50 % du patrimoine ; les entreprises du CAC 40 ont réalisé 100 milliards de bénéfices en 2008 ; les employeurs bénéficient de 60 milliards d’allègements fiscaux ; les fameuses niches fiscales s’élèvent à 72 milliards ; 320 milliards de caution aux banques ; 15 milliards de bouclier fiscal ; notons enfin que les 500 « premières » familles ont gagné 80 milliards de plus en 2007 qu’en 2006. Sans doute les caisses de l’Etat se vident tandis que les poches de quelques nantis se remplissent, mais qui a opéré le transfert de nos richesses vers ces gras fainéants ? Heureusement pour eux, on ne met plus les têtes au bout d’une pique, mais si nous étions encore au temps de la Grande Révolution française ils subiraient un mauvais sort…

La fin du productivisme ou la reconnaissance de l’utilité commune en économie.

La catastrophe écologique et la crise économique viennent mettre en question la survie même de la Terre et de ses espèces vivantes. Les conséquences sociales se précisent, s’aggravent ; les solutions politiques se cherchent… mais pour quel modèle de développement ? Nos sociétés sont inondées d’objets inutiles, leur production et leur circulation même deviennent destructrices et polluantes. Quant aux processus de fabrication, malgré des normes sanitaires et chimiques de plus en plus exigeantes en Europe, ils tuent à la tâche : dans les pays occidentaux, on meurt plus des AVC que des coups de grisou désormais. Dans les autres pays, comme en Chine, on met les hommes en situation d’exploitation proches parfois de l’esclavage pour répondre aux « demandes » du Système. Tous les pays du monde sont au diapason de ce productivisme qui est en vérité devenu un obstacle au développement : ces fondements de civilisation humaine que sont les métiers et les artisanats, du commerce à l’agriculture, sont obligés de se soumettre (monocultures criminelles, standardisation des valeurs éphémères et superficielles, négation de la culture…), condamnées à se renier jusqu’à disparaître.

C’est ce qui fonde notre économie depuis plus de deux siècles : produire toujours plus en privilégiant une logique de l’offre au moindre coût possible pour le propriétaire : et l’exploitation capitaliste fut. Pourtant, l’addiction à la croissance productiviste montre ses limites : aggravation de la grande inégalité Nord-Sud, crise climatique, épuisement des ressources naturelles, crise alimentaire, sociale. L’accumulation des biens matériels n’a finalement produit ni bonheur collectif ni épanouissement individuel. Il est temps de mettre en avant autre chose qu’une seule croissance, qu’une relance de la consommation ou qu’un simple hausse du pouvoir d’achat qui ne font que renvoyer l’homme à sa condition de consommateur, d’acheteur potentiel plus ou moins comblé par le montant de son salaire, quand il en a un.

Il faudra dépasser cette contradiction : d’un côté, la planète autant que nos techniques et nos connaissances pour maîtriser rationnellement la nature suffisent largement à couvrir les besoins de tous ; d’un autre côté nos cultures économiques produisent et consomment plus que la planète ne peut le supporter. Le mouvement socialiste ne sera régénéré qu’à l’aune de cette critique du productivisme et du consumérisme et à la condition de poser les bases d’un autre modèle de développement.

Remplacer le productivisme par l’utilité commune, répondre à l’exigence d’une économie raisonnée : c’est cet axe politique qui fondera le socialisme moderne. Sur quoi se fonde l’utilité commune ? Sur les besoin de chacun d’une part (arrêt de la surproduction et de la surconsommation, développement des économies locales autosuffisantes, etc) ; sur l’intérêt général d’autre part (normes sociales et environnementales hautes).

Contre le vol de propriété : coopérative conte SA

La plus grande escroquerie du capitalisme a consisté – postulat originel – à mettre sur le même plan toutes les notions de propriété, au nom du Droit imprescriptible à la propriété privée : la propriété de l’individu (sa maison, sa voiture, sa montre, …) avec la propriété des entreprises (c’est-à-dire les outils, la force de travail humaine et les capitaux qui leur seraient nécessaires). Ce droit de propriété s’est même étendu très tôt aux biens de premières nécessités et aux ressources naturelles (l’eau, le gaz, le pétrole, le métal, etc). L’inégalité a ainsi trouvé un fondement juridique supérieur à tous les autres puisqu’il s’agit d’un Droit de l’Homme : le Droit de propriété. Le consensus de Washington a achevé, dès la chute du communisme en 1989, de sécuriser les droits de propriété privée parmi les principaux préceptes de l’économie libérale imposée aux Etats par la Banque Mondiale et le FMI. C’est ainsi que nul ou presque n’a résisté aux vagues de privatisations, c’est-à-dire de transferts de ressources collectives au bénéfice de quelques uns.

La question posée à la gauche est ainsi formulée : y a-t-il un quelconque archaïsme à exiger qu’avant même de parler du partage soit posée la question de la nature même de la propriété économique dans nos civilisations ? Que l’individu jouisse de son droit à la propriété individuelle n’est certes pas contestable. Mais que peut-il posséder pour lui ? Ou plutôt, que ne peut-il pas posséder ? Arrêtons-nous par exemple sur le sujet de l’eau. Quelle morale autorise un groupe d’homme à posséder 60 % des bénéfices de l’exploitation de la vente de l’eau ? Quelle autre morale justifie qu’à ce vol s’ajoute l’insulte faite à près de 3 milliards de personnes qui n’ont guère accès à une eau saine ? Avançons d’un pas : pourquoi une entreprise d’intérêt général (dans le domaine des postes, de l’énergie, de la santé par exemple) appartiendrait à une poignée d’actionnaires en lieu et place de l’Etat (c’est-à-dire des citoyens) si ce n’est pour satisfaire les intérêts illégitimes d’une poignée d’ennemis de l’humanité ? Bref : n’est-il pas temps d’assumer à nouveau sans complexe la propriété publique dans l’économie : locale (régies par exemples), nationale (Etat) ou supranationale (consortiums publics financés par les Etats) ? Allons encore plus loin : pourquoi les entreprises privées n’auraient pas comme principe économique le partage à parts égales de la valeur de l’outil de production ? Après tout, une entreprise devrait d’abord refléter l’esprit de coopération entre les hommes (idéal socialiste) et non la subordination du plus grand nombre à quelques uns (modèle capitaliste).

Autrement dit, pourquoi renvoyer sans cesse à la marge d’un improbable « Tiers-secteur » ce qui devrait être une norme économique centrale ? Bien entendu se poserait alors la question de la spoliation, sans doute réelle, de petits patrons ni riches ni cupides qui ont fait dépendre leur propre vie des investissements nécessaires à la création de leur entreprise. Il faudrait sans doute pour ceux-là – dont l’intention manifeste n’est pas de voler – une période (sans doute une génération) ou une juste compensation pour leur faire accepter l’idée que l’entreprise devient la propriété partagée de tous ses utilisateurs. Sans doute aussi certains modèles d’entreprises « privées » seront hors champ coopératif, mais cette fois à titre exceptionnel. Bref, la gauche devra défendre à nouveau la propriété publique et la propriété sociale comme normes de propriété économique principale. La remise en cause de la propriété privée comme pilier central de l’économie de marché ne signifie nullement la fin du marché, mais sa transformation profonde, ontologique, autour de l’homme. Car il y a toujours eu, depuis le troc jusqu’à nos jours, à travers tous les régimes, un marché, c’est-à-dire un système d’échanges de biens basé sur la valeur de ces derniers. Ce n’est donc pas le marché qui est en cause mais la nature du marché.

Relocaliser l’économie, protéger les économies locales

Les besoins d’expansion des grandes sociétés capitalistes ont été rendus définitivement possibles avec la Chute du Mur de Berlin ; encore a-t-il fallu faire sauter tous les obstacles à un tel dessein : les Etats, ou plus exactement leurs frontières (économiques). C’est ainsi que le libre-échange s’est imposé comme une des principales vertus du monde moderne…avec les conséquences catastrophiques que l’on sait. Une fois la barrière douanière défaite, le mécanisme devient d’une extrême simplicité : les grandes firmes produisent leurs marchandises là où la main-d’oeuvre est la moins chère et l’écoulent là où le niveau de vie permet des marges extraordinaires.

Dans le domaine agricole, la surexploitation des terres arables va être aggravée par les exigences nouvelles bientôt imposées en matière d’agro-carburants avec des conséquences de pollutions des sols qui risquent d’être catastrophiques…et nuire in fine à la possibilité même de développer des agricultures saines. Là encore, les Etats les plus faibles vont être inondés des produits agricoles pour la satisfaction non des besoins essentiels des hommes mais des appétits des grandes compagnies.

Mettre un terme à ce système implique d’agir principalement dans deux directions :

- relocaliser les productions, qu’elles soient manufacturières, de services ou agricoles afin de tendre, autant que faire se peut, vers l’autosuffisance, les échanges commerciaux devant se limiter à ce qui n’est guère « productible » in situ (autrement dit, inutile de manger des fraises en hiver).

- Taxer très fortement les importations de produits concurrentiels, c’est-à-dire instaurer un protectionnisme économique intelligent, respectueux des normes sociales et de l’environnement.

Choisir l’immigration plutôt que l’immigration choisie.

200 millions de personnes migrantes à travers le Monde aujourd’hui ; sans doute près d’1 milliard d’ici 2050, c’est-à-dire demain. 1/10ème de la population mondiale sera déplacée, contrainte de trouver ailleurs le minimum qui ne sera plus accessible sur leur terre d’origine : le pain, le travail, la terre ou même la paix. L’Europe pourra toujours construire ses forteresses, rien n’empêchera des millions de gens de tenter une intrusion légitime vers le pays d’une seconde chance. Il faudra accueillir. La légalisation de l’accueil est d’ailleurs le seul moyen efficace de lutter contre le travail au noir, c’est-à-dire contre le nivellement des salaires par le bas du fait de la pression exercée malgré eux par les sans papiers sur les autres travailleurs. Cette stratégie patronale ne cessera qu’à la condition de rendre impossible ce chantage salarial.

Mais ne nous leurrons pas avec de fausses peurs : c’est d’abord dans les pays pauvres que les dérèglements démographiques seront les plus explosifs, pour la simple raison que la très grande majorité des migrants vont d’abord s’installer … le plus près possible de leur pays d’origine ; ce qui est déjà le cas aujourd’hui. Le flux migratoire Sud-Sud, déjà plus important que le flux Sud-Nord, ne va cesser de croître et aggraver ainsi la situation explosive des pays les plus pauvres. Or, laisser la gestion des flux migratoires dans les seules mains des relations bilatérales ne peut déboucher sur rien d’autres que la perpétuation d’une politique qui se révèle désastreuse : hermétisme officiel des frontières d’un côté, pillage des cerveaux de l’autre. C’est pourquoi il faut donner à une agence mondiale de l’immigration les pouvoirs de gérer les demandes de migration, et de mettre en relation ces dernières avec les capacités d’accueil de chaque pays viable.

Pour la démocratie

L’idée démocratique – en fait la démocratie libérale – recule en même temps qu’elle fait la démonstration de son impuissance relative. En réalité, la délibération collective n’est pas, même quand le peuple la délègue à ses représentants. Ces derniers décident de moins en moins, sauf le plus souvent pour défaire l’intérêt général ; et pour cause : ils ont eux-mêmes organisé leur propre affaiblissement politique en transférant au privé ce qui relève de l’autorité du vote. Combien de hautes autorités, de comités Théodule qui servent de prétexte pour engager les mesures les plus scélérates ? Pire, même quand le peuple s’exprime directement, les dominants – battus par les français, les néerlandais et les irlandais sur les référendums européens – ne trouvent rien de mieux que de décréter la souveraine décision nulle et non avenue ; et de repasser par le parlement acquis à leurs thèses ou d’exiger du peuple qu’il revote jusqu’à satisfaction de la Cour. On ne se représente sans doute pas encore les conséquences catastrophiques d’un tel déni de démocratie car même l’idée de changement par le vote paraîtra finalement inutile, en écho au sentiment d’abandon, de non-respect des promesses, voire de trahison que ressentent objectivement les électeurs.

Il faut d’urgence penser la démocratie nouvelle, celle où rien ne se fait contre l’Homme et où tout se fait par lui, celle où le contrôle par le peuple et/ou ses représentants est effectif, où la sanction est réelle. Inutile de redire longuement ce que la pensée démocratique a déjà exposé à notre jugement depuis les Lumières : élections proportionnelles, une assemblée délibérante et seule législatrice au nom du peuple, un exécutif chargé de l’application des lois et de la représentation de la Nation, une Justice rendue par des magistrats fonctionnaires, etc.

A l’échelle du Monde, le déni de légitimité de l’expression collective est évidemment rendue possible par la marginalisation croissante de l’ONU au profit d’instances ad hoc (mais faites pour durer) comme le G 20 ou d’organisations qui ne sont nullement préoccupées par le développement humain (c’est plutôt l’obsession de la croissance capitaliste qui hante le FMI) ni par la coopération entre les Hommes (OMC) : ces lieux ne sont rien d’autres que les lieux où les riches et les puissants prennent les décisions qui leur conviennent ou les dérangent le moins.

En matière de renouveau démocratique, le mouvement socialiste devra particulièrement insister sur trois questions, nouvellement posées à l’aune de la mondialisation libérale :

- l’invention d’une démocratie mondiale, c’est-à-dire refonder l’ONU, poser la perspective d’un gouvernement du Monde et faire suite à l’une des principales revendications progressistes modernes : la transparence de la diplomatie et des prises de décisions, fondées elles-mêmes sur des principes de coopération et de progrès et non de domination et de contrôle des ressources mondiales par quelques nantis.

- la lutte contre le pouvoir des entreprises privées de médias et de communication, dont la médiocrité est mise au service d’une dangereuse dépolitisation, principale garantie de longévité des puissants de ce monde

- l’association la plus étroite des citoyens aux décisions qui les concernent, via leurs organisations collectives, leur participation directe ou leur vote.

Une gauche décomplexée, c’est quoi ?

On sait que les possédants ne se laisseront pas déposséder avec le sourire. La gangrène mafieuse, légale ou non, est prête à tout pour empêcher sa marginalisation des circuits d’enrichissements qui font leur pouvoir et leur domination. C’est une des raisons majeures pour lesquelles le changement passe pour fondamentalement impossible dans l’opinion commune : fuite des capitaux, troubles sociaux, puissants inaccessibles et surprotégés par des hommes-fusibles et des moyens de protection démesurés, connivences des classes dirigeantes, etc. tout est dit pour faire du rêve républicain une chimère. Un des désastre intellectuel qui mine la pensée contemporaine est la culture du discours complexe : chaque proposition est immédiatement annulée par la suivante. Prenons un exemple : « il faut garantir aux français le droit à la retraite à 60 ans ; mais il faut prendre en compte la pénibilité du travail ». Soit il s’agit de rétablir les droits à la retraite dès 55 ans que la droite a supprimés pour certaines professions (instaurées justement au nom de leur … pénibilité) ; soit il s’agit de faire dès la deuxième phrase une entorse au principe préalablement posé. Comme les français ne sont pas les abrutis qu’on veut bien nous vendre, ils ont parfaitement compris vers où penchait la balance, a fortiori quand ils ont entendu l’incroyable propagande des « experts » du Régime. Ce genre d’énoncés complexes, que des socialistes ont parfois adoptés comme clé de raisonnement dans bien d’autres domaines, est le signe que la pente du renoncement a été bien engagée. La première des tâches consistera donc à affirmer nos idées avec clarté, c’est-à-dire à assumer ce qu’elles impliquent comme affrontement politique, comme rupture systémique, comme effort de pédagogie. N’oublions jamais que gagner une bataille politique passe par aussi par le souci de « gagner les esprits ». La droite a, mieux que la gauche, formidablement su utiliser les préceptes de Gramsci en matière de bataille culturelle.

Il nous faut non seulement convaincre de la justesse des idées sociales mais aussi faire la démonstration qu’elles sont réalistes. Autrement dit, comment allons-nous nous y prendre ? Avec quelles lois, assorties de quelles sanctions, et quelles garanties de pérennité. Si nous restons sur l’exemple de la retraite, il est évident que nous avons largement les moyens de garantir à tous nos concitoyens de plus de 60 ans une retraite digne. Il faudra pour cela transférer une partie des ressources des plus riches vers les droits sociaux (comme d’ailleurs vers les services collectifs). Ce qu’il faut dans cette affaire, c’est montrer notre détermination à oeuvrer pour le droit au bonheur des êtres humains, sans jamais transiger sur l’objectif, sans jamais renoncer à la coercition par la Loi en cas de confiscation par une poignée d’individus de la possibilité même que le plus grand nombre ait accès concrètement à ce droit.

Cette même détermination devra être affichée dans quatre autres questions en particulier :

- l’échelle des revenus : au nom de la morale la plus élémentaire, les êtres humains ne sauraient se distinguer entre eux par la fortune. Le rétrécissement de l’échelle des salaires (de 1 à 7 par exemple entre le plus petit et le plus élevé des salaires d’une entreprises) et même le plafonnement des salaires afin d’empêcher que ne perdurent l’indécence de certaines rémunérations, que l’on courre après un ballon de football ou que l’on exploite ses semblables ;

- la préservation de la planète : elle ne pourra être garantie que si des normes contraignantes sont légalement adoptées (les sciences modernes nous indiquent aujourd’hui quelles sont les normes saines) qui doivent présider aux processus de fabrication, de transport et de consommation et à la condition de pénaliser les délits écologiques, sur la base d’une justice universellement compétente ;

- l’affirmation de l’autorité publique sur les autorités financières, à commencer par les banques, en commencant par l’interdiction des crédits à la consommation dont les taux d’intérêts seraient supérieurs aux taux d’intérêts définis par les pouvoirs publics : on a vu où nous ont mené les subprimes, inutile, même pour un lave-linge, de faire perdurer un système qui broie les plus pauvres et agresse l’économie réelle ;

- le comportement politique : l’exemplarité est une vertu mais en économie comme en politique, l’autorégulation des comportements est une chimère. La loi devra enfin et définitivement contraindre à l’interdiction du cumul de certains mandats entre eux, ainsi qu’avec l’exercice d’une profession rémunérée.

Doter la gauche d’une nouvelle structure internationale.

Certes un gouvernement de gauche en France aurait des marges pour agir et construire des alliances progressistes internationales. Mais, alors que l’humanité a conscience d’elle-même, le socialisme dans un seul pays est tout bonnement une impasse. Déjà, les rencontres annuelles du Forum social Mondial avaient fait la démonstration, en particulier les premières années, de la possibilité objective de faire converger des forces progressistes, quelles qu’en soient la nature (associations, syndicats, etc.). Il faut approfondir cette voie qui rassemble des militants de tous horizons, elle est la seule porteuse de saine récolte.

Pensons un instant que l’actuelle Internationale socialiste compte en son sein des partis tels que le RCD de M. Ben Ali, dictateur notoire, le parti de M. Alan Garcia (le président du Pérou) qui s’est illustré par une répression sanglante des indiens d’Amazonie expropriés de leurs terres ; notons aussi que les plus hautes autorités du SPÖ (le parti social-démocrate autrichien), MM.Fischer et Gusenbauer, respectivement président de la République et chancelier, avaient insisté pour assister aux funérailles de Jörg Haider le 18 octobre 2008 ; gardons enfin en tête qu’en Allemagne, et dans plusieurs pays européens, les partis membres de l’internationale socialiste gouvernent avec …. les droites libérale, conservatrice, etc. C’est bien à l’échelle mondiale qu’il faut fonder une nouvelle alliance internationale des progressistes, si nous ne voulons pas être ensevelis par nos propres vestiges. Sans tarder, il faut s’atteler à la construction de cette tâche politique majeure sur les 5 continents. Et débattre de ces nécessités nouvelles pour l’Homme, notre planète et ses espèces.

Pouria Amirshahi

Réforme des collectivités, la démocratie sous le tapis

26 août 2009 par uma70

Depuis plusieurs mois maintenant, la communication élyséenne bat son plein sur les aspects les plus anecdotiques et parfois les plus caricaturaux pour préparer le terrain à une réforme des collectivités locales qui sous prétexte de simplification porte un mauvais coup à la démocratie.

Que disent le gouvernement et l’UMP sans craindre d’être leurs propres caricatures ? Deux choses aux limites du populisme. Premièrement, ils se posent en pourfendeurs du mille-feuille administratif et disent leur volonté de simplifier, supprimer des échelons, rationnaliser pour une meilleurs lisibilité et une plus grande efficacité. Deuxièmement, les élus locaux sont trop nombreux, coutent cher et mènent des politiques dispendieuses. Une solution s’impose, réduire leur nombre. Fermez le banc, l’évidence s’impose avec la facilité des arguments les plus simplistes et l’aide des réflexes populistes à l’égard de la classe politique.

En réalité ces deux arguments sont faux. Rien ne permettra de réduire le nombre d’échelons dans le projet de réforme sinon une maigre disposition sur des rapprochements volontaires. Rien ne permet non plus d’affirmer que le nombre d’élus, notamment d’élus indemnisés, baissera tant le projet est confus et illisible.

Cette réforme cache son jeu. Sous le tapis, c’est la démocratie qui est mise à mal.

Ce projet vient en écho à deux autres. Le premier concerne le redécoupage et son caractère électoraliste. Ce redécoupage qui, à résultats égaux à ceux de 2007, permettrait à la droite d’obtenir près de 30 députés de plus. Le deuxième est la suppression de la taxe professionnelle et le montage proposé en remplacement, et qui ne permet pas une compensation des recettes pour les collectivités.http://www.mfcomte.fr/public/illu_blog/P1000318.JPG

Quels sont les principaux dangers du texte ? Il y en a quatre principaux amplifiés par la réforme de la taxe professionnelle.

Le premier est la création annoncée de « conseillers territoriaux » qui remplaceraient les conseillers régionaux et généraux. Au prétexte de limiter le nombre des mandats, c’est le cumul des fonctions qui est ainsi institué. Ce dispositif sera illisible. Illisible du fait de l’imprécision réelle du texte en termes de partage de compétences entre régions et départements. Illisible du fait de la complexité et de la diversité des modes de scrutins pour des élus aux mêmes compétences. Cette annonce vide de son sens l’idée d’une organisation simplifiée et claire des niveaux territoriaux. Elle semble plus comme une volonté de dénaturer ces collectivités aux majorités désormais ancrées à gauche. C’est un contre-sens historique relevant de la manœuvre plus que du progrès.

Le deuxième danger concerne la répartition des compétences et surtout le financement des projets dans ce nouveau cadre. En voulant imposer un financement minimum de 50% à la charge de la collectivité maître d’ouvrage, qui décide et mène le projet, c’est un formidable frein qui sera mis aux investissements. Les communes rurales, souvent pauvres, ne pourront faire face. Comme les communes moyennes souvent au centre de bassin de vie et dont les équipements culturels, sportifs, scolaires sont souvent calibrés pour la population du bassin plus que de la seule commune. Sous prétexte de mettre fin à des financements croisés, qui représentent moins de 10% des budgets régionaux, et de clarifier, les collectivités les plus modestes seront interdites de projets.

Troisième danger de ce texte : la volonté affichée de mieux organiser les pouvoirs locaux et de poursuivre la décentralisation n’est que le cache sexe d’une volonté profondément recentralisatrice. Comme si la Droite n’avait jamais digéré les lois Deferre, comme si elle n’avait jamais accepté sa défaite de 2004… Un point illustre ce danger ; il s’agit de l’intercommunalité. Si l’achèvement et la simplification de la carte de l’intercommunalité font consensus, la méthode retenue est révélatrice. Les élus locaux pourraient en 2012 opérer des choix volontaires arbitrés par les conseils municipaux et communautaires à la majorité qualifiée. Cela relèverait du bon sens si le même projet ne donnait pas aux préfets la possibilité d’imposer ces regroupements en 2013. Quel sens donner à ce texte qui attribue aux représentants du Gouvernement, de tels pouvoirs dans ce domaine et dans d’autres ?

Enfin, quatrième reproche à ce texte, mais tant d’autres pourraient être soulignés, l’absence des principaux concernés : les citoyens, les administrés de ces collectivités que le gouvernement semble vouer aux gémonies. Seule la création de « communes nouvelles » par fusion des communes membres de la même intercommunalité entraine une consultation obligatoire des citoyens concernés.

Ces quatre dangers sont amplifiés par la suppression annoncée de la taxe professionnelle. Celle-ci risque de priver les collectivités des ressources nécessaires aux investissements qu’elles réalisent et qui représentent près des trois quarts des investissements publics.

L’Etat ne prévoit pas moins de cinq ressources nouvelles pour remplacer les recettes de la taxe professionnelle : cotisation locale d’activité (et sa cotisation complémentaire), la TASCOM, la taxe additionnelle sur les propriétés non bâties, un fonds d’Etat et une allocation appuyée sur un fonds de garantie. Malgré cela le compte n’y est pas et les incertitudes sont nombreuses. Quel avenir pour les fonds départementaux de péréquation ? Quels mécanismes de révision des bases d’imposition ? De plus, la création d’un fonds de garantie est la conséquence d’une compensation que partielle par les nouvelles taxes. Le projet prévoit que cette dotation baisserait de 5% par an sur vingt ans, cette baisse annulera la possibilité de voir les recettes être actualisées par la revalorisation des bases. C’est donc un projet de remplacement en trompe l’œil. Il amènera les collectivités locales à l’étranglement et à l’incapacité de financer leurs investissements. Le gouvernement veut imposer aux collectivités une rigueur qu’il ne sait pas même s’appliquer.

Ce projet vient lui aussi en écho aux mauvais coups déjà portés aux finances locales avec la baisse continue des dotations de l’Etat au travers de l’intégration du FCTVA aux enveloppes normées ou de la remise en cause des modalités de calcul de la DGF…

Sous prétexte de simplification la droite complique. Sous prétexte de compétitivité des entreprises elle étrangle les collectivités. Sous prétexte de décentralisation, elle recentralise et met en place un système de conservation de son pouvoir sur les organes principaux de notre République.

Réformer les collectivités locales est une nécessité. Une double nécessité, celle de mieux servir notre pays mais aussi celle de réussir la réforme par une adhésion de toutes et tous au projet.

Des points de consensus existent et auraient dû être la base nécessaire à une convergence sur cet objectif.

La clarification des compétences de chaque niveau territorial avec la désignation d’une collectivité chef de file pour chaque compétence aurait été un premier pas utile vers plus de lisibilité. L’encadrement des financements croisés l’aurait accompagné avec le soutien des associations d’élus.

L’achèvement de la carte de l’intercommunalité fait consensus tout comme la désignation explicite, au suffrage direct, des élus communautaires. Il est d’ailleurs regrettable que le projet ne fasse pas référence aux pistes avancées par la commission Balladur visant à faire des intercommunalités à fiscalité propre des collectivités locales à part entière et ainsi, dans le même temps, à soumettre les mandats exécutifs de celles-ci au régime du cumul.

La question du statut de l’élu local ne trouve pas de réponse en termes de protection sociale, de régime de retraite ou de reconversion. Elle n’est pourtant pas dissociable de celle sur l’interdiction souvent demandée du cumul de mandats.

Enfin, la réforme de la fiscalité locale, à l’occasion de la suppression annoncée de la taxe professionnelle, aurait pu être l’objet d’un débat éclairé par les travaux de la commission des finances de l’Assemblée notamment, sur la mise en place d’un vrai système de péréquation entre collectivités plus ou moins favorisées.

La matière ne manque pas. Conclusions de la commission Belot au Sénat, rapport d’information (Balligand-Laffineur) à l’Assemblée nationale, contributions des associations d’élus. Le terreau de la réforme est prêt, mais d’une vraie réforme partagée et sans arrière-pensées électorales.

Le gouvernement n’a pas un regard pour ces travaux et veut imposer un modèle d’organisation et de financement en fonction de ses objectifs propres. Il y a instrumentalisation de la nécessité de changer pour en réalité figer un pouvoir et une main mise sur les leviers d’action dans notre pays. Le masque est tombé, le gouvernement veut interdire aux collectivités d’agir et détruire le crédit acquis depuis la décentralisation.

Le combat à mener dépassera largement le périmètre des hémicycles parlementaires, largement aussi les cercles de juristes et des spécialistes. Il concerne la vie et la capacité que chacun doit conserver de décider de son avenir et de celui de son territoire de vie. Au risque de laisser la démocratie sous le tapis…

Olivier Dussopt

Pour rassembler la gauche il nous faut un vrai projet de rupture avec le néo libéralisme

26 août 2009 par uma70

Il est aujourd’hui de bon ton de crier haro sur le parti socialiste. Dans une touchante unanimité tout le monde, de l’extrême gauche à l’ump en passant par les verts, fait feu de tout bois pour casser le dos du parti qui a structuré la gauche française depuis 1971. Cette unanimité me parait je l’avoue très suspecte. De la part de l’actuel président de la république il n’y a guère de quoi s’étonner. Il s’agit même de son principal objectif stratégique pour assurer sa réelection depuis que l’affaiblissement du FN parait acquis. Sa politique de débauchage, que les naïfs qualifient d’ouverture, n’a d’ailleurs pas d’autre objet elle décrédibilise gravement le PS aux yeux de l’électorat et sème la confusion dans les esprits. De la part de l’extrême gauche il s’agit d’un fond de commerce éternel.

La chasse aux sociaux-traitres a toujours beaucoup plus passionné de ce coté ci que le combat contre la droite. De la part de nos partenaires traditionnels la stratégie est plus surprenante. Certes, il est de bonne guerre de profiter des difficultés actuelles du PS pour créer un nouveau rapport de force au sein de la gauche. Mais ce choix n’est pas sans risques majeurs. D’abord il faut en avoir les moyens. Ceux qui veulent aujourd’hui mettre a mal le PS sont ils en mesure d’assumer le role de rassemblement de la gauche qui fut le sien et d’amener un candidat a la victoire en 2012, à l’evidence non.

Par ailleurs, cette stratégie s’exonere à bon compte, et il s’agit sans doute de sa principale faiblesse du désir d’unité trés fort de l’électorat de gauche éxasperé par N.sarkozy. Cet électorat attend un projet qui rassemble et une opposition qui s’organise enfin efficacement. Pas sur que les gesticulations en cours lui donne satisfaction sur ces deux points. Les électeurs pourraient juger sévèrement bientôt ceux qui mettent en péril l’unité de la gauche. Il est d’ailleurs amusant de voir les mêmes qui cognent sur un PS jugé trop conservateur et droitier prôner dans le même élan l’union avec Bayrou grand progressiste révolutionnaire comme chacun le sait…

Et le PS me direz vous ? Force est de constater qu’il n’est pas à la hauteur de ses responsabilités actuelles. L’irresponsabilité de dirigeants plus préoccupés par leur nombril que par les problèmes du pays exaspèrent à juste titre nos concitoyens. Les querelles incessantes et absconses dans lesquelles il se complait finissent par lasser ses soutiens les plus fidèles. En réalité il faut s’atteler d’urgence à plusieurs questions lourdes. Le projet d’abord. Le Parti Socialiste doit redevenir un parti de transformation sociale . La gestion de la société actuelle ne peut être l’horizon du premier parti de la gauche. Face aux crises sociale, écologique, économique et démocratique il faut imposer des ruptures fortes. Ces crises forment aujourd’hui non pas une simple crise qu’il suffirait de dépasser pour que tout reprenne comme avant mais une vraie crise de civilisation celle du capitalisme financier et mondialisé qui emporte sur son passage tout les acquis démocratiques et sociaux de l’après guerre et met en péril l’équilibre écologique de la planète.

Croire que nous en sortirons sans remettre radicalement le système en question c’est se moquer du monde. Il nous faut lui opposer la démocratie partout c’est à dire redonner aux citoyens la capacité d’imposer des choix. Il n’est pas normal que quelques individus, parce qu’ils sont actionnaires, imposent leurs décisions a des milliards d’autres sans se soucier une seconde ni de conséquences sociales ni des conséquences environnementales ni même des conséquences économiques globales que produisent leurs décisions qui n’obéissent en réalité qu’à une règle , celle de ce système, la maximisation du profit individuel le plus grand et le plus rapide possible. Sortir de la crise c’est remettre l’intérêt général aux commandes par l’action politique. Aucune réponse sérieuse aux crises actuelles ne pourra être apportée si ce préalable n’est pas tranché. En finir avec le pouvoir de la finance qui lance le monde dans une concurrence effrénée source de tout les reculs sociaux et un productivisme absurde qui détruit la planète pour nourrir les appétits de quelques uns voila un projet qui peut et doit rassembler la gauche. Redonner aux hommes et aux femmes la maitrise de leur destin par la démocratie par l’émancipation d’un système ultra libéral qui échoue tout en les broyant. Travaillons ensemble pour imposer les ruptures qu’attendent de nous des millions d’électeurs de gauche plutôt que de nous perdre dans des querelles boutiquières et byzantines et vous verrez que le Parti socialiste retrouvera la confiance de la gauche toute entière. Sinon effectivement sa disparition est programmée et il nous faudra chercher ailleurs les voies de l’alternative.

Stéphane Delpeyrat

Election du président du parlement européen

16 juillet 2009 par uma70

Le Parlement Européen a élu son Président ce mardi 14 juillet à Strasbourg. Une élection vidée de tout débat de fond et marquée par une négociation de marchands de tapis pudiquement appelée « accord technique ». Cet accord négocié entre le Parti Populaire Européen (PPE) et l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D – le nouveau nom du groupe PSE après l’intégration des démocrates italiens, un sujet qui mériterait un article à lui seul) porte sur le partage du pouvoir au sein du Parlement Européen. Il prévoit la division du mandat de président de l’assemblée en deux périodes de deux ans et demi – la première revenant à la droite, la deuxième à la gauche – et influe de manière significative sur la distribution des présidences de commissions parlementaires.http://internetetopinion.files.wordpress.com/2008/06/2828aprr.jpg?w=339&h=226

Pour l’Allemand Martin SCHULZ, reconduit à la tête du groupe S&D, l’entente avec le PPE s’inscrit autant dans la culture du lieu que dans une logique politique purement allemande : il reproduit au Parlement européen la Grande Coalition de Berlin. Mais il s’agit aussi d’une stratégie personnelle : l’accord lui ouvre les portes de la Présidence pour juillet 2012.

La question de l’accord technique n’a d’ailleurs à aucun moment fait l’objet d’un vote, ni même d’un débat au sein du groupe S&D. Etonnant, quand on sait que Joseph DAUL, Président du PPE, avait clamé qu’il n’y aurait d’accord qu’avec les groupes qui soutiendraient la candidature de Barroso à la Commission européenne ! Force est de constater que les socialistes français étaient parmi les seuls à y être opposés.

C’est donc avec les voix d’une grande partie de nos camarades européens que le conservateur polonais Jerzy BUZEK, qui s’est par le passé illustré par ses positions homophobes et anti-avortement, a pu accéder au poste de Président. Les membres de la Délégation socialiste française n’ont évidemment pas voté pour Monsieur BUZEK, car au-delà du fait que ce dernier incarne des idées fondamentalement incompatibles avec les valeurs qui sont les nôtres, nous avons dès le début du processus de négociations, refusé tout accord de ce type avec le PPE, fût-il seulement technique. De telles pratiques contribuent en effet à brouiller le clivage gauche-droite et le message envoyé à nos électeurs, qui souhaitent une plus grande clarté dans nos prises de position.

A l’heure où notre première secrétaire Martine AUBRY lance un appel à l’édification d’une maison commune de la Gauche, il est cependant surprenant que beaucoup au sein de cette même délégation socialiste française n’aient pas voulu apporter leur soutien à Eva-Britt SVENSSON, la candidate de la Gauche Unie Européenne (communistes et gauche verte nordique). Pour notre part, quand un candidat de gauche s’oppose à un candidat de droite, notre choix est vite fait : l’abstention n’est pas une option. Nous avons donc voté pour la candidate de la GUE.

Liêm Hoang Ngoc

Françoise Castex

Interview de Benoît Hamon

2 juillet 2009 par uma70

Libération. Ces jours-ci, nombre de socialistes lancent ou relancent leur club ou leur courant. Pourquoi un tel degré de fragmentation ?

« Chacun des initiateurs de ces clubs présente son initiative comme la pierre angulaire de la reconstruction du PS. Mais on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une étape supplémentaire de la décomposition… En résumé, pour rassembler, chaque socialiste fonde une écurie supplémentaire ! Tout cela étant motivé par l’objectif d’une candidature de plus. Tant que chaque socialiste considèrera que si rassemblement il doit y avoir, celui-ci devra s’opérer autour de lui, nous aurons un problème. »

Avec le recul, comme analysez-vous la gifle reçue par le PS aux européennes ?

« C’est un échec auquel on ne doit pas donner plus de portée qu’il n’en a, d’autant que 60% des électeurs ne sont pas venus voter. Mais il ne faut pas non plus l’esquiver. J’observe que la gauche n’a pas perdu de voix par rapport à 2004 mais à gauche, nous étions ceux qui donnaient le moins envie. »

La campagne du PS n’était donc pas suffisamment à gauche ?

« Nous n’avons pas donné envie aux classes populaires de se déplacer pour voter. Ni à ceux qui avaient décidé de voter à gauche de le faire pour des candidats socialistes. Le PS appelait à battre Barroso, alors qu’il fait partie d’un groupe socialiste européen qui pourrait appeler, en octobre, à reconduire le même Barroso ! C’est cette indifférenciation avec la droite que nous payons. »

La réaction de Martine Aubry après la défaite a-t-elle été à la hauteur ?

« C’est à la fin 2009, au vu de l’état de notre projet et du rassemblement de la gauche, que nous pourrons voir si nous avons réussi à extraire le PS des sables mouvants dans lequel il se plonge depuis quelque temps. Martine Aubry a choisi de privilégier deux axes : celui du projet, et celui du rassemblement de la gauche dans une « maison commune ». Je suggère ne pas attendre l’après-régionales, comme nous avons attendu l’après-européennes, pour parler rassemblement avec nos partenaires de gauche. Ce serait la quasi certitude qu’il n’y aura pas de rassemblement en 2012, et donc pas de victoire. »

Comment aborder ces régionales ?

« Les socialistes, les Verts, les communistes et le Parti de gauche cogèrent 20 régions sur 22. Là où les élections européennes justifiaient des approches politiques distinctes, je ne vois pas de clivage évident pour les régionales. Il me semble assez logique que la question de listes communes soit posée, et qu’on aborde tous les sujets, de fond comme de gouvernance. D’autant que l’électorat de gauche réclame partout l’unité »

Vous voulez dire que des Verts ou des communistes pourraient présider des régions ?

« Le meilleur moyen de gagner les régionales et de favoriser le rassemblement de la gauche pour 2012, c’est de poser la question. Le fait que certaines régions soient présidées par des partenaires du PS n’est pas un tabou, et ne me choque pas. Nous devons le leur proposer. Un gouvernement de rassemblement de la gauche où ne figureraient que des ministres socialistes ne serait pas très sérieux… »

Que faites-vous des présidents de région, qui pour la plupart se représentent et à qui Martine Aubry vient de conférer « l’autonomie » pour leurs listes ?

« Il n’y a pas de syndicat des présidents sortants ! Ceux-ci sont tous légitimes. Mais les présidents de région ne sont pas uniquement préoccupés par leur réélection personnelle, ni totalement indifférents à la présidentielle de 2012. Si on ne s’intéresse qu’à son propre sort, cela veut dire que le PS n’existe plus. »

Et l’alliance avec le Modem, au sujet duquel Vincent Peillon, qui invite Marielle de Sarnez à l’université d’été de son courant, appelle à en finir avec l’« hypocrisie » ?

« Il serait impensable de s’associer à une formation qui pourrait, selon les régions, faire l’appoint avec l’UMP ou le PS, et qui siège avec le groupe libéral au Parlement européen ! Les socialistes seraient ridicules s’ils constataient que ceux qu’ils ont invité à la tribune, négocient plus tard avec l’UMP pour prendre une région à la gauche. Il faut donc que le Modem clarifie sa position. Appartient-il au camp des progressistes ou pas ? »

Quelle est votre position sur les primaires ?

« Que les primaires soient ouvertes aux électeurs de gauche, c’est une bonne idée, et je la défendrai. A condition qu’il y ait un projet commun derrière. Il nous faut trancher toutes les questions sans réponse, comme le libre échange absolu, la redistribution de la richesse, la propriété dans l’économie, la planification pour domestiquer l’évolution de notre environnement… Sans projet commun clivant avec le bilan et l’idéologie de la droite, les primaires n’auraient pas de sens. »

Serez-vous candidat ?

« Non. Ce qui m’intéresse c’est de battre Sarkozy en 2012. »

Comment vivez-vous votre non réélection au Parlement européen ?

« Comme un échec. Mais je ne vais pas gémir sur le sort d’un député européen non réélu. »

Pourquoi être resté porte parole du PS ?

« A la demande de la première secrétaire, de nombreux dirigeants et de mes amis politiques. Ceux- ci considéraient qu’une démission aurait rajouté à la crise du PS, et favorisé une lecture que certains veulent donner à notre échec en expliquant que nous avons perdu à cause de la ligne politique de Benoit Hamon. »

Cette ligne, justement, l’assumez-vous toujours ?

« Je n’ai jamais renoncé à la défendre. Et je ne crois pas, d’ailleurs, que la crise me donne tort. »

Bluma – Bulletin de liaison n°19

30 juin 2009 par uma70

Au sommaire cette semaine :

- Pousser les seniors à 67 ans, et maintenir les juniors au chômage ? edito de Gérard Filoche

- Mobilisation contre la privatisation de La Poste, Razzy Hammadi

- Referendum sur la privatisation de la Poste, communiqué du PS

- Soutenons les Iranien – ne – s. Pétition à signer sur www.soutenons-les-iraniens.fr

- Bulletin d’inscription aux universités de rentrée Un Monde d’Avance

Retrouvez le bulletin en cliquant ici