Retraites: faire entendre les exigences citoyennes, par Pascal Hassenforder

23 avril 2010

Le gouvernement UMP s’apprête à engager une nouvelle réforme qui risque de porter un coup fatal au système de retraite par répartition, en jurant une fois de plus que c’est pour le sauver. Le bilan des réformes menées depuis 1993 est déjà catastrophique car toutes les dispositions prises (calcul sur les 25 meilleures années, indexation sur les prix et non plus sur les salaires des actifs, allongement de la durée de cotisation sous peine de décote…) ont déjà fait baisser le niveau des pensions d’environ 20 %. Elles ont aggravé les inégalités déjà fortes entre les pensions des hommes et des femmes. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit que le taux de remplacement moyen – niveau de la retraite par rapport au salaire, passerait de 72 % en 2007 à 59 % en 2050. Cette dégradation continuera donc de frapper les actuels retraités et touchera également les générations suivantes.

Malgré ce bilan désastreux, le gouvernement veut aller encore plus loin en supprimant l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans en le portant à 62, voire 65 ou 67 ans, comme le demande le Medef, et en remettant en cause le calcul sur les six derniers mois d’activité des retraites du secteur public. Jumelées avec un nouvel allongement de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein, ces mesures condamneraient à la pauvreté la plupart des futurs retraités, surtout les femmes et tous ceux et celles qui ont connu et connaîtront des périodes de chômage et de précarité importantes. Ce sont les salarié-es les plus jeunes qui subiraient les effets cumulés de ces orientations au moment de partir à la retraite.

Le gouvernement et le patronat persistent à vouloir durcir les conditions de départ en retraite alors même que les entreprises continuent de se débarrasser des salariés âgés avant qu’ils aient acquis la totalité de leurs droits. Exiger que les salariés travaillent et cotisent plus longtemps, alors que l’âge moyen de cessation d’activité est de 59 ans, ne vise qu’à baisser le niveau des pensions. De plus, cette logique remet en cause la solidarité intergénérationnelle. Il n’y a aucun sens à augmenter l’âge de la retraite alors que le chômage de masse sévit pour les jeunes. Au lieu de voir dans la retraite par répartition une transmission perpétuelle et solidaire de la prise en charge d’une génération par la suivante, le gouvernement et le patronat, afin d’attiser la division, la stigmatisent comme un fardeau pour la seule génération à venir.

Le danger ne s’arrête pas là. Le COR dessine les contours d’une réforme pour remplacer notre système par un autre “par points” ou “par comptes notionnels”. Dans les deux cas, il s’agirait de ne plus avoir à assurer un taux de remplacement du salaire défini à l’avance et de faire de la variation du niveau des pensions le moyen d’équilibre financier des régimes. Cela aggraverait encore la baisse du niveau des pensions et contraindrait les salariés, particulièrement les salarié-es pauvres et effectuant les travaux pénibles, à travailler toujours plus longtemps.

La vraie raison des mesures qui s’annoncent n’est pas liée à la démographie. La crise financière a provoqué une récession et donc une flambée des déficits publics. Les États continuent benoîtement à financer leurs déficits en empruntant sur ces mêmes marchés financiers qui ont provoqué la crise. Réduire ces déficits pourrait se faire par une taxation du capital. Mais les spéculateurs refusent évidemment cette solution, demandent que les États donnent des gages et exigent une réduction des dépenses publiques.

Une alternative à cette régression sociale existe pourtant. A moins de décréter la paupérisation des retraité-es, il est normal de couvrir les besoins sociaux liés à l’augmentation de leur part dans la population par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite. Les déficits des caisses de retraite sont essentiellement dus au refus obstiné de le faire. Pourtant, le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites est réalisable puisqu’il a été chiffré en 2007 par le COR entre 1 et 2 points de PIB jusqu’en 2050, à comparer avec la chute de la part de la masse salariale de 8 points au cours des dernières décennies et avec l’explosion correspondante des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007. Il est donc juste d’augmenter la part des salaires et des pensions dans la richesse produite en s’attaquant aux profits. Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité.

La question des retraites pose celle de la société dans laquelle nous voulons vivre. Nous ne pouvons accepter la paupérisation programmée des futurs retraité-es, l’idéologie absurde du “travailler toujours plus” et la destruction des solidarités sociales. Nous souhaitons contribuer à une vaste mobilisation citoyenne (réunions publiques, appels locaux…) pour stopper cet engrenage.

Sources : http://blog.exigences-citoyennes-retraites.net/. Vous pouvez consulter la liste des signataires en cliquant ici. Si, comme moi, vous êtes d’accord avec ce texte, je vous invite à signer la pétition en cliquant .

Pascal Hassenforder

Convergences pour dépasser le libre-échange

18 avril 2010

Convergences pour dépasser le libre-échange En conclusion du colloque « Convergences pour dépasser le libre échange. Comment maîtriser les échanges économiques et financiers ? » organisé le 10 avril dernier, Un monde d’avance propose à court terme d’engager la France et l’Europe dans une politique commerciale active et à moyen terme d’instaurer une régulation du commerce mondial…

Résumé

A court terme : engager la France et l’Europe dans une politique commerciale active

- Protéger les secteurs stratégiques à l’aide des législations existantes
- Assouplir l’application des règles concernant les aides d’Etat et la concurrence
- Mettre en place des filières industrielles publiques
- Se réapproprier la politique de change de l’euro
- Mettre en place une fiscalité écologique pour favoriser les circuits courts

A moyen terme : instaurer une régulation du commerce mondial

Promouvoir une coopération internationale à partir de « zones régionales intégrées » plutôt qu’une concurrence dérégulée des échanges

- Restaurer le lien entre emploi et accès au marché en imposant l’implantation de sites de production
- Lutter contre le dumping social et environnemental
- Vers une taxation sociale des produits importés
- Instaurer des normes sociales et environnementales juridiquement contraignantes au niveau européen et mondial
- Développer une nouvelle Politique agricole commune
- Inventer un nouveau système monétaire international pour combattre le dumping monétaire

A court terme : engager la France et l’Europe dans une politique commerciale active

Dans l’état actuel des traités, une attitude volontariste de la gauche européenne et d’un gouvernement de gauche en France peut permettre d’esquisser les contours d’une politique commerciale au service des citoyens et non de la seule profitabilité des firmes. Ces mesures relèvent pour certaines du niveau national, et pour la plupart du niveau intergouvernemental. Un exécutif français de gauche élu sur un mandat clair serait en mesure, avec d’autres, d’engager un bras de fer politique au niveau européen pour modifier la politique de la Commission et dépasser l’application rigide des traités au nom de l’urgence économique et sociale comme cela a été le cas récemment avec les critères de déficit budgétaire.

1.Utiliser la législation en vigueur pour protéger des secteurs stratégiques

Les règlements de l’OMC et de l’UE permettent d’appliquer des droits de douanes à l’importation lorsque le produit bénéficie d’un dumping. La clause de sauvegarde permet également d’imposer des restrictions quantitatives à l’importation d’un bien lorsque son accroissement rapide menace un secteur. La mise en place de cette procédure nécessite l’unanimité des pays membres de l’UE. A titre d’exemple l’UE applique depuis 2009 des taxes anti-dumping sur le biodiesel en provenance des Etats-Unis. Une position volontariste de la France pourrait conduire à utiliser cette réglementation pour protéger certains secteurs de l’industrie particulièrement menacés.

2.Assouplir la réglementation concernant les aides d’Etat et la concurrence

A législation constante il est possible de défendre l’intervention publique pour soutenir des secteurs stratégiques ou menacés. Au-delà, la gauche doit mettre en demeure la Commission européenne d’assouplir l’application des règles de libre concurrence qui interdisent de mener une politique industrielle ambitieuse. Cet assouplissement permettra de défendre les intérêts de l’industrie européenne et de permettre la reconstitution de monopoles publics nationaux ou européens dans les secteurs liés aux infrastructures essentielles (énergie, transports, service postaux, eau).

3.Mettre en place des filières industrielles européennes publiques

Le développement de l’industrie européenne du xxe siècle passe également par la définition de projet industriels publics à l’échelle de plusieurs Etats dans les secteurs qui nécessitent des investissements longs, par exemple pour permettre la conception d’une voiture électrique ou pour développer des technologies nouvelles. Ces industries basées sur la coopération entre Etats s’appuieraient sur une répartition équilibrée des sites de conception et de production dans l’ensemble des Etats participants, à l’image d’EADS.

4.Se réapproprier la politique de change de l’euro

La Chine et les Etats-Unis utilisent la faiblesse de leur monnaie comme une arme commerciale. En regard, l’euro fluctue selon le comportement des marchés monétaires sans que la politique de change ne soit réellement prise en charge. L’euro cher fait baisser le prix des marchandises importées et renchérit les exportations, ce qui complique encore davantage la survie des secteurs les plus exposés à la concurrence. Une politique de change active coordonnée par l’eurogroupe est possible et peut permettre d’organiser et de réguler ses relations commerciales avec les pays tiers. De plus cette politique ne nécessite pas formellement un accord de la BCE puisqu’elle relève de la souveraineté des Etats, et par extension du niveau intergouvernemental.

5.Une fiscalité écologique pour favoriser les circuits courts

Le gouvernement parle d’instaurer une « taxe carbone aux frontières de l’UE », avec l’accord des autres pays membres. Or, cela nécessiterait une unanimité qui paraît hors de portée à brève échéance. A l’inverse, nous pouvons envisager une taxe écologique « bilan carbone » sur les produits vendus en France qui intègre l’ensemble des coûts écologiques des produits. Une telle taxe permettrait de dissuader le transport à longue distance de marchandises produites localement tout en encourageant nos partenaires commerciaux à instaurer une véritable législation écologique. Cette taxe devrait être introduite parallèlement à une baisse de la TVA afin de ne pas renchérir globalement la fiscalité sur la consommation.

A moyen terme : quelle régulation des échanges internationaux ?

La crise a conduit a rendre caducs les traité européens aussi bien en matière de politique économique et monétaire qu’en matière de régulation des échanges. Dès avant l’élection présidentielle, la gauche doit prendre position pour la mise en place d’une régulation des échanges commerciaux au niveau européen. Appuyé par la légitimité des urnes, le mandat présidentiel de 2012 à 2017 doit être l’occasion d’obtenir la mise en place d’outils de régulation nationaux et européens.

1.Promouvoir une mondialisation construite sur le modèle de « Zones régionales intégrées »

La version ultralibérale de la mondialisation organise la dérégulation généralisée des échanges, dont les conséquences sociales et environnementales sont désastreuses. La gauche peut travailler à construire un modèle alternatif viable : le modèle de zones régionales intégrées dont la production est orientée prioritairement vers la satisfaction des besoins des populations locales. L’emploi et la demande de consommation peuvent ainsi se soutenir mutuellement pour enclencher un cercle vertueux de croissance. Chaque zone doit pouvoir se doter d’une politique industrielle et d’une politique agricole lui garantissant la souveraineté alimentaire. Ces zones constituent un marché intérieur au sein duquel la circulation des marchandises peut être soumise à la régulation et à la conclusion d’accords commerciaux. La constitution de telles zones est une condition nécessaire pour modifier la répartition des richesses produites entre travail et profit. L’UE est par nature une zone régionale qui doit pouvoir adopter une politique industrielle et agricole cohérente. Au sein de l’UE où la libre circulation des biens et des personnes est la règle, des critères de convergences sociaux sont indispensables pour éviter une harmonisation vers le bas. Le principe de la cohérence géographique de la production, peut également conduire à la construction de coopérations renforcées, par exemple avec les pays de la Méditerranée.

2.Restaurer le lien entre emploi et accès au marché

L’accès au marché intérieur européen doit pouvoir être conditionné à l’implantation de sites de production au sein de l’UE. Ainsi une entreprise de textile, d’automobile, ou encore de service pourrait se voir imposer de localiser une partie significative de sa production au sein de l’UE si l’UE constitue pour elle un débouché stratégique.

3.Lutter contre le dumping social et environnemental

- Vers une fiscalité sociale

Dans une logique similaire à celle de la taxe « bilan carbonne », la France et l’Union Européenne pourraient, en partenariat avec l’OIT (Organisation Internationale du Travail), imposer des normes sociales minimales (liberté syndicale, droit du travail, salaire minimal, congés payés…) à ses partenaires commerciaux. Les produits importés des pays ne respectant pas ces règles seraient taxés lors de leur consommation en France ou dans l’UE. Cette taxe aurait pour objectif de lutter contre le dumping social et permettrait d’encourager le développement des droits sociaux de nos partenaires commerciaux. Grâce à une réforme des statuts et du fonctionnement de l’OMC, le Tarif extérieur commun peut également être utilisé aux frontières de l’UE pour lutter contre le dumping social et environnemental. L’enjeu n’est pas d’organiser une concurrence déloyale entre travailleurs mais de refuser que les différentiels de salaires et de droits sociaux soient utilisées comme le principal « avantage comparatif », source de profit pour les firmes multinationales.

- Instaurer des normes sociales et environnementales juridiquement contraignantes

Aujourd’hui les seules normes qui contraignent les firmes important en Europe sont les normes concernant les conditions de consommation. En revanche, les normes définies par les instances internationales, et paraphées par les Etats, en particulier les normes définies par l’OIT concernant les conditions de travail dans les pays exportateurs ne sont ni contrôlées ni juridiquement contraignantes. En l’absence de réglementation, l’ajustement par le bas des conditions de travail et la délocalisation sans aucun contrôle de toutes les industries polluantes sont une certitude. L’UE peut utiliser le poids de son marché intérieur pour contraindre juridiquement les firmes transnationales à garantir des conditions de productions dignes. Ces normes peuvent reprendre les définitions des instances internationales émanant de l’ONU (OIT notamment). Sous l’impulsion de la France, l’Europe peut annoncer l’interdiction de la commercialisation de biens ne respectant pas certains interdits internationaux (esclavage, travail des enfants, pollution hautement toxique pour les populations, etc.). Cette politique consiste en pratique à appliquer au niveau des Etats, l’éthique du commerce équitable pour lui donner un poids politique et économique significatifs. L’exemple national et européen doit servir de points d’appui dans un rapport de force visant à imposer à l’OMC le caractère contraignant de normes internationales de production. Dans ce cadre l’OMC devrait être subordonnée à l’ONU. Une première étape pour contrôler les conditions de production serait d’imposer une norme de traçabilité des produits, ne faisant pas référence seulement au pays d’origine mais également à l’entreprise et au site de production.

4.Développer une nouvelle PAC

L’UE doit se doter d’une nouvelle Politique agricole commune, visant à planifier la production agricole domestique, à en administrer les prix et à la protéger des effets de la spéculation. Les aides publiques à la production ne doivent pas servir d’armes commerciales pour favoriser les exportations au détriment des productions locales des pays du sud. L’UE doit reconnaître aux pays importateurs (en particulier de produits agricoles) le droit de protéger leur production domestique. Cela implique une modification des accords de partenariats économiques (APE) avec les anciens pays ACP (Afrique Caraïbe Pacifique).

5.Inventer un nouveau système monétaire international

Depuis la fin des accords de Bretton Woods, il n’existe plus d’organisme international qui permettrait de réguler des taux de change. Un pays comme la Chine peut ainsi manipuler le cours de sa monnaie au détriment de ses partenaires commerciaux, tout en interdisant à ces derniers de prendre des mesures de protection (l’OMC ne s’occupe pas de la question des changes). Il devient donc indispensable de proposer à nos partenaires du G20 un nouveau système monétaire international fondé sur une monnaie internationale des transactions (MIT), et un organisme de régulation susceptible de déterminer des taux de convertibilité reflétant les véritables performances économiques des pays. A terme, les organismes de régulation du commerce international devraient réhabiliter certains dispositifs prévus dans la Charte de la Havane (1948), tels que l’interdiction des excédents commerciaux structurels ou la coopération avec l’OIT.

La culture en danger

18 avril 2010

Le 29 mars dernier, la culture était une fois encore dans la rue. Depuis maintenant plusieurs années, les professionnels de la culture descendent régulièrement sur le bitume. Cela a commencé en 2003, au moment de la crise de l’intermittence. Souvenez-vous… À l’époque le MEDEF jugeant que ce régime, unique au monde et qui permet à de nombreux artistes de vivre, coûtait trop cher, avait proposé de changer le mode de calcul des heures donnant lieu à indemnités afin de sortir nombre de personnes du système.

https://i1.wp.com/a6.idata.over-blog.com/335x500/0/41/70/57/MESSAGE/travailler-moins-pour-lire-plus-affiche.jpgLe 29 mars, c’est contre la réforme des collectivités territoriales que la mobilisation se tenait. Cette réforme, proposée par la commission Balladur prévoit la suppression de la clause de compétence générale. Or c’est au nom de ce celle-ci que nombre de mairies, de Conseils généraux et régionaux financent la culture. Et, compte tenu du désengagement croissant de l’État, ces financements représentent une part de plus en plus importante des budgets des théâtres, des compagnies, des orchestres… La crainte est donc grande pour beaucoup de professionnels de voir disparaître ces subventions.

Mais il y a un autre aspect à ce débat. C’est l’étranglement financier dont sont victimes les collectivités territoriales. En effet, notamment à cause de la suppression de la taxe professionnelle, leurs marges de manœuvre financières se rétrécissent. Elles ont alors la fâcheuse tendance à recentrer leurs dépenses sur ce qu’elle considèrent être leur mission première. La culture est ainsi rangée, à tort, au rang de l’accessoire. Certaines collectivités territoriales, comme le Conseil général du 93, ont, à juste titre, tiré le signal d’alarme sur ce point. Ce n’est donc pas qu’une histoire de gros sous qui se joue dans cette mobilisation. Les questions qu’elle soulève rejoignent nos préoccupations sur l’égalité territoriale dans le fonctionnement de notre république.

Du côté du gouvernement de droite, la situation est simple : c’est un désengagement systématique et régulier qui prévaut. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy a annoncé la couleur : mise en place de critères de rentabilité pour les aides, baisse des financements globale et plus particulièrement sur les lignes de crédit concernant la transmission des savoirs et la démocratisation culturelle, abandon de l’éducation artistique à l’école, suppression de postes au ministère de la culture… la liste est malheureusement loin d’être close.

À gauche, le soutien de la création artistique et de la culture reste une priorité financière affichée par les socialistes. Et la montée en puissance des régions dans le financement de la culture depuis 2004 est largement due au fait que les exécutifs régionaux sont dans leur quasi exclusivité dirigés par le PS.

Cependant l’enjeu de la culture ne relève pas de son seul financement. Il s’agit aussi de déterminer quelle place on lui donne dans notre société. Comment prendre mieux en compte les pratiques artistiques dans leur diversité ? Comment faire participer le monde de la culture (professionnel comme amateur) aux décisions qui le concernent ? Comment éviter que le premier organisateur de concert en France ne devienne Live Nation, filiale d’un fonds de pension américain ?

Telles sont , en autres, les questions que la gauche doit se poser. Depuis plusieurs années, on constate que la demande sociale de culture est de plus en plus forte, alors que dans le même temps, elle semble avoir disparu du champ du débat public. Il serait temps qu’elle y revienne. C’est aussi l’un des enjeux des mobilisations en cours. La suite le 6 mai avec une prochaine journée d’action prévue par les syndicats.

« Il n’y a pas les réalistes et les idéalistes »

9 avril 2010

Après la campagne électorale, le site Un Monde d’Avance 70 reprend ses publications. A l’heure du libéralisme triomphant, la gauche tout entière doit s’unir et travailler ensemble pour préparer un projet de société pour 2012. Bonne lecture, l’équipe d’UMA 70.

« Il n'y a pas les réalistes et les idéalistes »LIBERATION. Proche de Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, Razzy Hammadi a représenté l’aile gauche du PS à la commission préparatoire de la Convention sur le nouveau modèle de société au PS qui aura lieu le 29 mai, sous la houlette de Pierre Moscovici, député du Doubs. Hier, ce dernier accusait à demi-mot dans les Echos la gauche du PS « d’ignorer les contraintes » et notamment le poids de la dette nationale.

La convention va-t-elle tourner à l’affrontement entre « gauchistes » et « réalistes » ?

Il n’y aurait rien de pire pour cette convention, qui est attendue par l’ensemble des militants mais aussi par le pays, que de produire des clivages artificiels et des postures. Nous avons dépassé le oui et le non au traité européen, la majorité actuelle du PS le prouve. Il n’y a pas d’un côté les gauchistes idéalistes et de l’autre les réformistes réalistes. Il y a des militants qui veulent apporter des réponses pour un autre modèle.

Selon vos détracteurs, vous ignorez la dette et voulez nationaliser la gestion de l’eau ?

Le passage en régie de la gestion de l’eau est appliqué par des maires PS, quelle que soit leur sensibilité dans le parti. De même, personne ne dit qu’il ne faut pas tenir compte de la dette ! Mais elle doit surtout provoquer un débat sur les ressources, plutôt que justifier une incapacité d’action bien en deçà de nos exigences collectives, pour aboutir à un projet d’avenir. La crise a amené l’ensemble des socialistes à évoluer. Personne ne considère que le pacte de stabilité européen doit rester intact ou que nous pouvons porter un nouveau modèle avec le même système financier.

Redoutez-vous un recentrage du projet socialiste ?

Le débat que nous avons n’est pas de degré mais de nature : il n’y a pas les « monsieur Plus » et les « monsieur Moins ». On est sur la volonté de porter autre chose face à un système libéral à bout de souffle. L’objectif n’est donc pas d’aménager à la marge, encore moins d’être dans l’incantation stérile.

Mais d’aller, par exemple, vers une échelle de salaires qui va de 1 à 20. Et contraindre au progrès social les entreprises qui ne font que redistribuer les profits. L’Allemagne annonce qu’elle va taxer les banques et les Etats-Unis préparent un retour à la distinction entre banques de dépôt et banques d’investissement. Ceux qui ont souvent eu peur de ces questions ces dernières années ne doivent pas caricaturer le débat pour rester du bon côté du manche.

La fin de la modernité post-industrielle, ou le retour de l’industrie…

1 avril 2010

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Au cours des trente dernières années, il n’était de bon ton ni de dénoncer l’affaissement industriel de la France, ni de s’inquiéter du dumping social et fiscal qui érodait inexorablement notre appareil de production. Il était tout aussi inconvenant de souhaiter une assiette des cotisations sociales qui lui soit plus favorable (la valeur ajoutée plutôt que la masse salariale). Quant à regretter certaines privatisations au motif qu’elles allaient être synonymes d’évaporation c’était un comble de « ringardisme »… La mode, et donc abusivement la modernité, était toute entière consacrée aux services, à la société post-industrielle que l’on finira par sublimer, à l’occasion de la définition de la stratégie de Lisbonne, dans le concept vaste et vide « d’économie de l’intelligence » (les grandes innovations industrielles étant sans doute à classer dans l’économie de la bêtise !

Tout au long de ces longues années qui nous ont mené à 16% du PIB pour le secteur secondaire, plaider pour l’industrie vous valait d’être irrémédiablement classé parmi les archaïques quand ce n’était pas purement et simplement dans la catégorie des proto-historiques de l’économie « administrée », voire des protozoaires du Gosplan. L’avenir était tout entier aux services, sans qu’il soit le moins du monde distingué, à l’intérieur du secteur tertiaire, entre les servies qui correspondaient à des externalisations de l’industrie, ceux qui étaient productifs par eux mêmes et ceux qui produisaient du bien être plutôt que de la valeur ajoutée et se finançaient par des prélèvements obligatoires !

Je me souviens avec précision d’une tribune libre publiée par Michel Rocard (dans le nouvel Obs, ça va de soi), au virage des années 90, m’expliquant avec une affection toute condescendante, parce que je m’inquiétais (déjà !) des conséquences négatives de la montée en puissance du libre échange sans précautions, que je ne comprenais rien à rien, qu’il fallait laisser les « asiatiques fabriquer des toiles de parasol » et nous consacrer à la production d’ordinateurs. Au nom, bien sur des théories de ce cher Ricardo, non évoquées mais omniprésent dans le formatage intellectuel de nos élites. Je n’aurai pas la cruauté, aujourd’hui, de lui demander de bien vouloir m’indiquer les noms des marques européennes d’ordinateurs ou de consoles ! Je me souviens tout aussi précisément des admonestations « post-industrialistes » de ceux qui ne visaient rien de moins qu’à « changer le logiciel de la gauche » publiés dans des ouvrage que je crois aujourd’hui « retirés » plutôt « qu’épuisés ». Je n’ai pas oublié d’avantage les prescriptions de Monsieur Madelin, étrange ministre de l’industrie qui prônait purement et simplement la disparition de son ministère devenu à ses yeux inutile, ni la brillante commissaire européenne professant que l’Europe n’avait pas besoin de champions industriels. Bref, oser dire qu’une économie sans industrie digne de ce nom était un organisme sans squelette condamné à s’affaisser sur lui même n’était pas dans l’air du temps, voire complètement rétrograde.

Certes, il y avait eu les nationalisations – quelle horreur ! – qui avaient permis de sauvegarder des secteurs entiers et qui se révèleront par la suite une excellente affaire sur le plan financier, dont le compte n’a jamais été fait. (A quand un doctorant un peu curieux !) Puis l’impôt recherche, en 1983, et non pas en 2007 comme le croît M Sarkozy. Et la suppression de la base salaire dans le calcul de la TP, en 98 qui représenta pour les entreprises un gain supérieur à celui de la réforme actuelle et neutralisa, à 3% près, le coût des trente-cinq heures. Ce que M Sarkozy n’a pas l’air de savoir mais que M. Soubie pourra peut être lui expliquer… Plus récemment encore, au tournant des années 2000, quelques opérations de « mécano industriel censées assurer le développement et la pérennité de nos secteurs champions : je pense plus précisément à l’aéronautique. Mais le vers était déjà dans le fruit, celui du libéralisme dominant, qui obligea les mécanos à décréter que l’actionnaire, lorsqu’il était public, s’interdisait son rôle d’actionnaire ! (La commission d’enquête sur EADS fut à cet égard particulièrement instructive.)

Et nous voici tout à coup, la crise jouant le rôle d’accélérateur, plongés dans la réalité cruelle du constat : 16% du PIB pour l’industrie, quand c’est 30% chez nos voisins allemands. A peine 20% de la population active concernée… Nous voici à nouveau confrontés au déficit chronique de la balance commerciale, seul véritable indicateur crédible de notre compétitivité, découvrant que les coupes de cheveux et les services aux personnes figurent dans le PIB mais qu’à la différence des produits industriels (ou agricoles) ils ne s’exportent pas. Qu’il n’y a pas de recherche sans industrie, même si le secteur financier pompe avec habileté une grande partie de crédit d’impôt dont la définition a été scandaleusement élargie jusqu’à le transformer en véritable niche fiscale.

Bref, face à la dure réalité qui démontre, au passage que le paradigme libéral que l’on nous assénait avec tant d’arrogance était une imposture. Souvenons-nous : la baisse des prélèvement publics (dits « obligatoires ») devaient se traduire par des profits qui seraient les investissements de demain et les emplois d’après-demain. Et qu’avons-nous 10 ans plus tard : des déficits publics monumentaux, des investissements publics et privés en berne et 10% de chômage sans compter ceux qui sont en CTP ! Seuls les profits et les rémunérations managériales s’en sont très bien tirés. L’épargne aussi qui est au même niveau, 17%, que la part de l’industrie dans le PIB…Superbes résultats qui n’émeuvent pas les brahmanes de l’O.C.D.E, pourtant si prompts à prôner la contention salariale ou l’amoindrissement des systèmes de protection sociale.

Sortir de cette impasse ne sera pas aisé. Il y faudra d’avantage que des proclamations vibrionaires improvisées dans l’urgence : un milliard en passant nous annonce le président de toutes les annonces à défaut d’être celui de la France. Un milliard pour l’industrie et solde de tout comptes contre 2,5 milliards chaque année pour la baisse de TVA dans la restauration…C’est dire l’ampleur de l’angle de vision !https://i2.wp.com/farm1.static.flickr.com/63/230041608_a437323ce2.jpg

Il faudra beaucoup plus monsieur le président. Bien d’avantage que les pôles de compétitivité qui peuvent être un bon réacteur si on les alimente en kérosène. Un véritable ministère de l’industrie et une attention de tous les instants. Je me souviens de cette verrerie dans l’Allier qui détenait une véritable compétence pour la fabrication d’isolateurs haute tension dont EDF représentait 80% du CA, rachetée par un groupe italien qui se proposait de la transférer en Italie et qu’un simple coup de fil du patron d’EDF, qui n’est jamais venu, aurait permis de garder sur notre sol. J’ai sous les yeux les cheminées d’une papeterie qui fument encore en 2010, mais dont M. Beffa, alors PDG de Saint-Gobain, et réputé grand spécialiste de l’industrie, m’expliquait en 1993 qu’elle n’intéressait personne au monde et qu’il n’y avait d’autre issue que de la fermer. Il est vrai qu’elle obérait les résultats du groupe. On ne s’est pas laissé convaincre et elle est toujours là, fleuron rentable d’un grand groupe international. Je pense aussi à cette usine de chaussures – une des dernières – qui va fermer en Dordogne parce que le marché militaire qui constituait l’essentiel de son carnet de commande s’en est allé non pas dans un pays low-cost, mais en Allemagne, pour cause de spécificité dans ledit marché… La liste serait longue, très longue, des sites sacrifiés parce qu’ils ne s’inscrivaient pas dans le cœur de cible de l’activité principale du propriétaire ou qu’ils amoindrissaient les résultats consolidé d’un groupe. La financiarisation à des exigences de taux de rentabilité qui ne sont pas souvent compatibles avec les longs et difficiles cheminements de l’industrie. Les diversifications sont plus lentes et plus ardues que les fermetures, surtout lorsque l’état prend en charge l’essentiel des pré-retraites. Et l’importation d’un produit concurrent étranger offre souvent des marges supérieures tout en étant plus simple à tous points de vue. Oui, vraiment, une attention de tous les instants et beaucoup de ténacité…

Mais cela ne suffira pas, même si c’est indispensable. Il faudra aussi une véritable priorité qui aille au delà du monde éphémère des annonces quotidiennes, un véritable engagement des moyens public ainsi qu’une orientation ferme et incitative des moyens privés.

Et d’abord une politique fiscale qui encourage clairement le profit investi au détriment de celui qui est distribué (le rachat d’action pour compte propre n’étant pas un investissement). Une politique fiscale qui avantage nettement et concrètement l’investissement industriel plutôt que l’assurance vie. La France, qui bat des records mondiaux de taux d’épargne possède à sa manière l’un des plus grands fonds de pension existants : 1500 Milliards d’Euro d’assurance vie ! Mais ce n’est que la forme moderne – ou plutôt actuelle – de l’ancien bas de laine. Une thésaurisation particulièrement choyée par la direction du trésor et les gestionnaires de la dette publique, pour le plus grand bonheur de nos compagnies d’assurance. Et comme si cela ne suffisait pas, on va de dispositif De Robien en dispositif Cellier, la pierre ayant l’avantage de gagner de l’argent en dormant. Il faudrait aussi que le crédit d’impôt recherche soit recadré sur ses véritables objectifs plutôt que de bénéficier en priorité au secteur financier ( ic) et autres petits et gros malins. Idem pour les exonérations de plus values mobilières. Et autres aménagements…

Il faudra aussi de l’investissement public. Aucun des secteurs industriels dans lequel notre pays figure en bonne position n’a pris son essor sans volonté publique, sans argent public. Cela doit aller, si nécessaire, jusqu’à la reconstitution d’outils publics de financement qui sont tous aussi légitimes que les sommes et garanties accordées au secteur bancaire lorsqu’il en a eu besoin. Le seul renoncement à la TVA restauration dégagerait 2,5 milliard d’euro par an auxquels il est facile d’ajouter la même somme provenant de la « réserve » des niches fiscales qui ne cessent de croître, amendement après amendement. Oui, s’il le veut, l’Etat français a les moyens d’aider un plan ambitieux de ré-industrialisation.

Il faudrait aussi que le « facteur de production travail », qui tend à se faire de plus en plus rare, mais sur lequel continue néanmoins à reposer l’essentiel de l’insertion sociale, cesse d’être l’assiette de financement de nos systèmes collectifs de protection sociale. C’est l’ensemble des revenus, toutes catégories comprises, et non les seuls revenus salariaux, qui devraient constituer cette assiette. Notre compétitivité y gagnerait beaucoup et la justice sociale aussi. Quant à la hiérarchie des rémunérations elle devrait favoriser l’inventeur et le producteur plutôt que le footballeur ou le spéculateur. Nos ingénieurs quitteraient alors les salles de marché pour retrouver le chemin des usines ou des laboratoires. (On peut toujours rêver en attendant que la nécessité nous prenne à la gorge).

Enfin, mais chacun aura compris que le sujet est très loin d’être épuisé sur le plan technique et financier, il faudrait, sur le plan psychologique que nos compatriotes fassent des choix et cessent de considérer l’industrie – je cherche les mots qui ne fâchent pas – comme une activité dépassée, bruyante et salissante, attentatoire à leur qualité de vie et à leur confort personnel. On peut aujourd’hui, en y mettant le prix, avoir les deux. Ecrivant cela, j’entends immédiatement la clameur des partisans explicites ou implicites de la décroissance m’entourer d’une opprobre assourdissante. Néo-millénaristes pronostiquant une forme de châtiment imminent et immanent pour cause de dilapidation inconsidérée, ces nouveaux inquisiteurs écrivent à leur manière une nouvelle version de la fin de l’histoire inscrite dans la finitude du biotope. A l’évidence, ils n’ont pas tort de s’indigner de la pollution, du peu de soin que nous prenons de notre planète mais en évitant généralement, soigneusement, de mettre en cause le facteur principal que constitue la croissance démographique exponentielle. Il n’ont pas tort non plus de rappeler ce que Rabelais nous avait déjà appris il y a tout juste quelques années (disons 20 ans pour ne vexer personne ?) à savoir que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Mais qu’ils me pardonnent, puisque nous sommes quelque peu dans l’atmosphère théologique, de ne pas partager leur désamour envers le progrès auquel je continue à croire, sans doute parce que l’univers est en expansion. Et qu’ils prennent garde, connaisseurs comme ils le sont des bassins versants, à ne pas basculer, pas à pas, sur la mauvaise pente. Celle qui confond la marche avant et la marche arrière. Parce qu’on n’a jamais vu un fleuve couler d’aval en amont et que les logiques sont implacables.

Henri Emmanuelli

On brasse de l’air

10 septembre 2009

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Peu emballé par les prescriptions de Martine Aubry visant à rénover le PS, Henri Emmanuelli estime que les socialistes doivent avant tout répondre aux inquiétudes des Français. Entretien JDD.

On vous a peu ou pas entendu vous exprimer au sujet du PS après l’université d’été de La Rochelle. Pourquoi ?

Parce que je n’avais pas envie de parler. Et pour tout vous dire, je ne me suis même pas déplacé à La Rochelle pour ne pas subir une fois de plus cette actualité qui est aujourd’hui co-produite par les médias et les politiques. C’est une manière de faire que je trouve affligeante et à laquelle je ne souhaite absolument pas participer. Je prends un exemple : j’ai lu que Vincent Peillon avait fait à Marseille « une déclaration historique » en prônant une alliance – impossible – qui irait de Bayrou à Besancenot. Mais je m’écroule de rire ! On parle de quoi, là ? On brasse de l’air, et ce, dans un seul but : faire le tour des plateaux de télévision…

En même temps, à La Rochelle, Martine Aubry a envoyé des signaux forts afin de rénover le PS, que ce soit sur le non-cumul des mandats ou l’instauration de primaires ouvertes…

Sur les primaires, que voulez-vous que je vous dise ? J’en ai fait une fermée contre Lionel Jospin en 1995, et cela ne nous a pas porté chance. On en a fait une un peu plus ouverte en 2007 et cela n’a pas marché non plus. Maintenant, si on l’ouvre entièrement, je pense que l’on s’achemine tout droit vers un scénario à l’italienne (c’est-à-dire vers la désignation d’un candidat de centre gauche, ndlr) qui ne me convient pas. Tout ça pour dire qu’on ne règle pas les problèmes politiques en se penchant sur celui des modalités. Certains se sont imaginé qu’en parlant de nous, socialistes, on allait résoudre nos problèmes de fond politique ou de leadership. Et bien non, c’est en parlant des autres, des Français, que l’on fait avancer les choses.

Justement, Martine Aubry fait preuve d’ouverture quand elle propose un questionnaire aux militants sur les grands chantiers de la rénovation au PS. Qu’en pensez-vous ?

Mais ce n’est en rien une idée nouvelle ! Des questionnaires, on a dû en faire au moins six au cours des vingt dernières années ! Je ne dis pas que c’est un empêchement, mais franchement, le Parti socialiste ferait mieux de s’occuper des vrais problèmes des gens. Il est temps de passer à l’action contre la politique du gouvernement. Tout le reste n’intéresse pas les Français.

Oui, mais pour passer à l’action, il faut bien que le PS soit en ordre de marche et qu’il adopte des règles claires de gouvernance…

D’accord, mais son premier rôle est, je le répète, de s’opposer fermement à la droite, à travers un véritable projet politique : prenez l’exemple de la taxe carbone. Comment le gouvernement veut la compenser ? En baissant l’impôt sur le revenu. On retrouve ce qui est axiomatique de toutes les politiques de droite, à savoir moins d’impôts directs et plus d’impôts indirects. Ce sont ces injustices-là que le PS doit dénoncer quand il s’adresse aux Français, au lieu de parler de primaires dont les gens n’ont absolument rien à faire.

A gauche, le chantier des alliances est ouvert, avec des Verts, notamment, qui ont le vent en poupe et des exigences fortes vis-à-vis du PS…

Il y a en effet des excès ces derniers temps de la part des Verts. C’est une situation que j’ai déjà connu quand j’étais premier secrétaire du PS. Comme en 2009, en 1994, les écologistes avaient fait un bon score aux européennes, et nous un très mauvais. Sur un plateau de télévision, Brice Lalonde m’avait alors dit : « Nous allons nous croiser dans les escaliers, vous descendez, je monte… » Ça ne s’est pas tout à fait passé comme il l’avait prédit… Je ne dis pas que le PS se trouve en position de force à gauche, néanmoins, il en a la responsabilité principale et il doit l’assumer au mieux.

C’est justement ce que vous reprochent les Verts : cette idée que tout doit tourner autour du PS à gauche…

Je ne dis absolument pas cela, et je plaide pour que nous traitions d’égal à égal avec eux. Je vous signale au passage qu’avec Benoît Hamon, nous avons tous les deux proposé à la direction du PS d’offrir des têtes de liste à nos alliés Verts pour les prochaines élections régionales. Nous n’avons pas été entendus, et je le regrette.

Certes, mais vous employez le verbe « offrir », que certains peuvent considérer comme péjoratif…

Mais, on est dans la cour de récré là ! Je ne veux pas rentrer dans ce genre de débat. Ce que je veux dire, c’est que je ne trouverais pas anormal que dans les négociations avec les Verts, il y ait ici ou là un ou une président(e) écologiste. Il est faux de penser que je traite nos partenaires avec mépris ou avec arrogance. En revanche, je leur dis tout de même de bien réfléchir avant de se lancer seuls dans la bataille, comme cela semble être leur volonté. Ils ne sont pas sûrs d’arriver à bon port.

Quid de François Bayrou, qui propose une « offre publique de dialogue » à la gauche ?

Je pense surtout que M. Bayrou a pris la seule direction qui lui était possible de prendre. De vouloir dialoguer n’a rien de choquant en soi, mais son seul projet est d’être au second tour de la présidentielle à notre place. Et je pense que mon rôle n’est pas de lui faciliter la tâche… Sur le fond, il y a certes des sujets sur lesquels nous pouvons être tout à fait en phase, comme la défense de la démocratie, mais sur d’autres, notamment économiques et sociaux, je pense qu’il a encore beaucoup de chemin à accomplir avant de pouvoir nous rejoindre. Et à choisir, je préfère un candidat qui représente mon orientation politique plutôt que la sienne.

Vous qui incarnez l’aile gauche du PS, vous n’êtes pas tenté de vous émanciper, de créer votre propre mouvement, comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon avec le Parti de gauche ?

Cette tentation a été récurrente chez beaucoup de personnes, mais, et les faits me donnent raison, j’observe que tout ce qui a été tenté en dehors du PS n’a jamais eu beaucoup de succès. François Bayrou est d’ailleurs en train de s’en rendre compte. Quand je m’assois à l’Assemblée nationale et que je vois 202 députés socialistes pour seulement deux députés du Modem (trois en réalité, ndlr), je ne me sens pas terrorisé, ni en position d’infériorité : si eux veulent nous rejoindre, pourquoi pas, mais ce n’est pas à nous d’aller vers eux. Ce serait le monde à l’envers tout de même !

Henri Emmanuelli

Une taxe carbone ? Oui, mais de gauche !

9 septembre 2009

La « contribution climat énergie » n’est pas une taxe carbone, explique Marie-Noëlle Lienemann. Ancien membre de la commission environnement et de la commission spéciale « changement climatique » du Parlement Européen, elle demande la mise en place d’une vraie taxe carbone, dans le cadre d’une fiscalité écologique de gauche. Avec une certitude : il existe une alternative intelligente aux propositions Rocard/Sarkozy.

Le débat sur la « contribution climat énergie » s’engage dans une extrême confusion et les propositions de la commission Rocard vont discréditer l’idée, pourtant essentielle, d’une fiscalité écologique.

La contribution « climat énergie » est purement et simplement une taxe sur la consommation intérieure d’énergie qui aura pour effet de pénaliser le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes et la compétitivité des entreprises. Cette taxe n’a rien à voir avec la taxe carbone qui doit être fondée sur le bilan global carbone des produits et s’imposer aux importations aussi bien qu’à la production nationale, ce qui favoriserait l’éco-innovation et pénaliserait les transports de longue distance comme les délocalisations infondées. Il est indispensable d’aller vers cette taxation du carbone. Au-delà, créer un impôt injuste pour reverser des compensations aux personnes modestes est une usine à gaz socialement polluante et absurde !

Il faut reprendre immédiatement le principe d’une taxe carbone sur tous les produits et services. Elle doit pouvoir ainsi contribuer à relocaliser de nombreuses activités. Elle doit être mise en place progressivement sur les produits les plus carbonés et par filière. Il faut taxer sur la base du bilan carbone qui doit être généralisé et systématique. On nous objecte sa complexité, en particulier pour établir les kilomètres parcourus entre la production et la consommation. Pour simplifier la donne et éviter les critiques de l’OMC, on pourrait définir des zones de distances moyennes. La complexité est un argument à géométrie variable, hier utilisé contre la taxe Tobin qui semble aujourd’hui réhabilitée. La complexité des produits dérivés, elle, n’a rebuté personne, bien au contraire !

De toute façon, si on veut lutter contre l’effet de serre et « dé-carboniser » nos économies, il faut généraliser la traçabilité des produits et les bilans « carbone ». Puisque nous avons beaucoup de jeunes au chômage, il y aurait urgence à créer des emplois jeunes pour aider les PME, les collectivités locales, les associations à établir leur bilan carbone et les conseiller pour économiser la consommation d’énergie. Ces emplois, financés d’abord par la puissance publique, pourraient à terme devenir marchands et être source de la création de nombreuses entreprises. Exigeons-le immédiatement !

La taxation systématique de la consommation d’énergie est injuste car elle touche des personnes qui n’ont, le plus souvent, pas d’alternative pour la réduire.

50% des habitants sont des locataires, ce ne sont pas eux qui vont pouvoir transformer la qualité thermique de leur appartement. Certes ils pourront réduire fortement leur chauffage mais l’enjeu est d’abord la nature du logement… Alors il existe des alternatives comme faire payer aux propriétaires une taxe sur le logement en fonction de la classe thermique ( A,B,C,D…). Si le propriétaire fait des travaux, ceux-ci sont déduits de l’impôt cela s’ajoutera à l’éco-prêt à taux zéro. Pour les plus impécunieux, il faudra doper la Prime d’Amélioration de l’Habitat qui est une subvention complémentaire.

Dans le domaine des transports, il serait absurde de faire payer à la SNCF, à la Ratp, les transports en communs (ceux par bus pourraient être taxés en fonction de la qualité énergétique de la flotte). En revanche, il faut pousser à la densité urbaine, combattre l’étalement urbain et la spéculation foncière qui envoie, loin des centres et des transports en commun, les plus modestes. On doit taxer de façon progressive et dans certains cas confiscatoire les plus-values foncières et immobilières excessives. On pourrait créer une taxe de « sous densité » sur le foncier en fonction de l’occupation de la parcelle dans les centres urbains.

Ces deux exemples montrent qu’il existe des fiscalités écologiques justes, incitatives et non aveugles.

Il est clair qu’il nous faut progressivement accroître le coût de l’énergie et tenir compte de sa pollution. Mais on ne commence pas par taxer tout le monde et empêcher les investissements structurants permettant de réduire la révolution thermique ! Il faudra planifier la hausse des prix, en fonction des progrès déjà réalisés et à promouvoir. Ce qui exige une planification écologique sérieuse et nécessite de créer une tarification de l’énergie et de l’essence qui soit stable (les yoyos du prix du pétrole tuent la « rentabilité » de certains travaux d’économie d’énergie et du coup dissuadent de s’y engager !). Elle doit aussi, pour le gaz et l’électricité, être progressive en fonction de la consommation pour combattre le gaspillage sans pénaliser les familles modestes. Hélas cette stratégie devient très difficile avec la libéralisation. Néanmoins c’est possible, par exemple en relançant l’idée d’une TIPP flottante qui permette de stabiliser les prix en dépit des cours du pétrole et qui augmenterait très progressivement.

Ces propositions ne sont pas exhaustives. Ces quelques exemples montrent qu’on peut concevoir une fiscalité écologique de gauche ! Les propositions Rocard, de Sarkozy, ne le sont pas. Des alternatives existent !

Par ailleurs, rappelons que l’Union Européenne, donc la France, ont adopté un plan énergie-climat qui impose à chaque Etat membre, pour 2020, une réduction de 20% de notre énergie primaire consommée, de 20% des émissions de CO2 et la production de 20% de notre énergie en énergie renouvelable. Cette ambition est en-deçà des demandes des experts du GIEC, mais quoi qu’il arrive à Copenhague, c’est la base minimale qui s’impose à nous. Nulle étude ne prouve, et encore moins ne chiffre les économies acquises par une contribution climat énergie. Il y a de très nombreuse décisions à prendre immédiatement pour atteindre ces objectifs et là, du coté du gouvernement, des politiques industrielles, des collectivités locales, la mobilisation est insuffisante. Et là il y a urgence !

Marie-Noëlle Lienemann

« Benoît Hamon, un socialiste authentique »

5 septembre 2009

« La France de Frangy-en-Bresse est bien loin de la France du Nouvel Observateur et de slate.fr.

On y trouve une France qui vit à son rythme, à celle des saisons, bien loin de la vie moderne et de ses vicissitudes.

Cette année, la traditionnelle Fête de la Rose, voyait Arnaud Montebourg accueillir Benoît Hamon. Une bien belle journée qui commença par un ban bourguignon pour souhaiter la bienvenue au porte-parole du PS. Il s’ensuivit un repas avec un succulent poulet de Bresse et un petit coup de rouge (voir plus, il faut bien le dire, et sans modération).

poulet de bresseOn voit des gens de Saint-Étienne et on parle football. On a des gestes attentionnés envers les bénévoles qui se démènent pour organiser cette fête authentiquement populaire. On pourrait même se dire qu’au cœur de cette France rurale et profonde, le Socialisme se ressource, reprend vie.

L’esprit de la common decency, porté par Georges Orwell et aujourd’hui par le philosophe Jean-Claude Michéa, flotte dans l’air. Heureusement que quelques courtisans jouent des coudes pour être au plus prêts de Montebourg et d’Hamon, ou déclarent que la chanson de Grégoire « toi plus moi » est « trop bien » pour me replonger dans notre fabuleux monde libéral.

Montebourg fait du Montebourg, replongeant à merveille dans ses habits d’avocat hâbleur. Il met les rieurs dans sa poche. Il en fait beaucoup sur les primaires, cet objet médiatique de la rentrée. Il recueillera des applaudissements polis de la France des gens ordinaires.

Benoît Hamon prend à sa suite la parole du haut de la tribune, ou plutôt de l’estrade. Il est droit, posé. Le silence se fait. Les gens ordinaires sont attentifs et respectueux comme auprès des instituteurs d’autrefois avant que le pédagogisme en ait fait un copain de l’apprenant. Un style dépouillé, très peu d’effet de tribune. Il est conforme à ce que j’avais déjà vu auparavant de l’autre côté de mon écran : un chef habillé dans les habits du Socialisme. Comme au congrès de Reims où il eut cette superbe phrase alors que Martine AUBRY avait été effrayée par une petite bête (« j’ai tué l’araignée »). Il avait poursuivi avec un hommage au service ordre qui avait remis à leurs places quelques scribouillards.

Ce même Hamon s’était imposée avec ses idées lors de l’émission de France 4 avec des lycéens. Il n’avait pas joué au jeune quadra. Il était venu en costume-cravate. Il avait tenu ses positions, notamment sur son refus du travail le dimanche malgré que cette mesure apparaisse populaire auprès de son auditoire. Finalement, il avait convaincu.

hamon frangyAlors à Frangy, en cette fin d’après-midi ensoleillée, Benoit Hamon a tracé une ligne. Il a redit que, face à la crise économique actuelle, le politique devait reprendre son rôle, sa fonction. Il a défendu la mise en place d’un protectionnisme européen. Il a plaidé pour la constitution d’un pôle public pour l’énergie et l’eau. Il a également cité l’ennemi. Cela change. Au Parti Socialiste, on était adepte, depuis de nombreuses années, du feu M. Jackson : nous sommes le monde, nous sommes les enfants. On est tous copain-copain, plus aucun antagonisme. Alors Hamon a cité des noms : Denis Olivennes et Jean-Marie Colombani. Ces tristes sbires, soi-disant de gauche, qui ne cessent de critiquer le Parti Socialiste qui est, comme de bien entendu, trop à gauche. Son socialisme sera à l’inverse de ces laudateurs du social-libéralisme.

Cette ligne définit par Benoit Hamon, par le courant Un Monde d’Avance et par bien d’autres socialistes donnera de l’urticaire à des membres du Parti Socialiste. C’est dans la logique des choses dans un Parti où l’influence des libéraux-libertaires est importante. Cette ligne socialiste, et seulement socialiste, est la seule qui permettra au Parti Socialiste de retrouver l’oreille et les cœurs des gens ordinaires. Après, on pourra parler de recomposition politique. »

Nicolas Lambolez

Banquiers : une nouvelle opération de communication de l’Elysée

27 août 2009

Libération.fr -Septième rendez-vous en un an entre les banques françaises et l’Elysée, cette réunion est-elle un énième rappel à l’ordre sans grande conséquence ?

Liêm Hoang-Ngoc – Ce rendez-vous est une nouvelle opération de communication dont le Président de la République est coutumier. Il veut faire croire à l’opinion publique qu’il continue d’agir en cette rentrée, à l’heure où le chômage officiel passe au-dessus de la barre des 2,5 millions victimes. Si l’Etat avait voulu « moraliser » le système, il aurait pu le faire dès décembre 2008 lorsqu’il a décidé de recapitaliser les banques françaises. Il l’a malheureusement fait sans entrer dans le capital des banques, ce qui revient à procéder à un sauvetage sans contrepartie. L’Etat aurait au contraire pu entrer au capital des banques et alors décider, comme membre du conseil d’administration, de la politique de rémunération des dirigeants et des traders. Depuis, cette recapitalisation a atteint 21 milliards d’euros, dont 5 pour BNP-Paribas… Le gouvernement aurait également pu engager une vaste réforme fiscale pour corriger les inégalités qui se sont accentuées dans le capitalisme financier. Il affiche une certaine velléité de réduire le nombre de niches fiscales. Malheureusement, il a créé dès son arrivée une énorme niche de 15 milliards, appelée paquet fiscal, à l’intérieur duquel la quasi-suppression des droits de succession et le bouclier fiscal ne feront qu’améliorer la situation des gagnants du casino financier.

Nouveauté de ce jour, le systeme de malus. Est-il selon vous une bonne solution ? Peut-il décourager les opérations boursières risquées ?

LHN – Le système du malus consiste à ne pas verser les provisions faites pour les bonus, en cas de mauvais résultats. La BNP ne fait d’ailleurs rien d’autre que d’appliquer ce système, en annonçant une provision d’un milliard dont elle ne décidera du versement que dans quelques temps, conformément aux recommandations de la Commission européenne et du G20. Ce système découragera-t-il les pratiques risquées ? Ce n’est pas sûr, tant il ressemble au mécanisme des stocks options, qui consiste à immobiliser pendant un certain temps la récompense accordée sous forme d’actions, dans l’espoir que celles-ci engendrent des plus-values. Rappelons que le système des stocks options a notamment été créé pour inciter les cadres à tout faire pour que la valeur de l’action grimpe. Ce qui passe, pour rendre l’action attractive, par la maximisation de la rentabilité financière des banques, donc la « prise de risques » de ses traders, sous le regard bienveillant de leurs dirigeants…

Quelle influence aura Michel Camdessus, nommé contrôleur des rémunérations ?

LHN – Le Président de la République ne fait que copier Barak Obama, qui avait nommé un superviseur dans le conseil d’administration des banques faisant l’objet d’une aide de l’Etat, pour veiller à leur politique de rémunération. N’oublions pas qu’Obama avait pris cette mesure minimale, suite au refus du Sénat de voter sa proposition de taxer à 90% les primes des bénéficiaires de salaires supérieurs à 250 000 dollars !

https://i2.wp.com/www.argentquidort.com/blog/wp-content/uploads/2009/01/argent-en-banque.gifLe fonds de consolidation peut-il permettre aux banques d’accorder plus de confiance aux PME ?

LHN – Rien n’empêche aujourd’hui les banques d’accorder des prêts à bas taux aux PME. Malheureusement cette activité est moins juteuse que les activités de marché qui ont permis à leurs profits de se maintenir. Par ailleurs, les encours de crédits accordés sont faibles parce que l’activité reste morose, signe que le plan de relance du gouvernement est insuffisant. Celui-ci n’est pas parvenu à relancer l’investissement, tandis que la consommation et les exportations n’ont tenu que grâce aux « primes à la casse » française et allemande (les Allemands achetant beaucoup de voitures françaises actuellement). Le gouvernement va mettre un terme à la prime à la casse, sans prendre de réelle mesure de nature à soutenir véritablement la consommation.

Le sommet du G20 peut-il déboucher, selon vous, sur une harmonisation internationale ou européenne dans la lignée de ces mesures françaises ? Si non, les banques, défavorisées, suivront-elles ces règles ?

LHN – Il appartient aux Etats de s’entendre pour coordonner leurs politiques fiscales et leurs réglementations du système bancaire. Tout dépend de leur volonté de s’affranchir des pressions des lobbies financiers, qui pensent que tout va pouvoir repartir comme avant sans que l’on n’ait fondamentalement à modifier les règles du jeu.

-Vous êtes partisan d’une entrée de l’Etat dans le capital des banques, est-ce la seule solution à vos yeux pour ramener de la « morale » dans le système bancaire ? Pourquoi ?

LHN – L’entrée de l’Etat dans le capital est pragmatiquement nécessaire pour nettoyer les bilans, encore gangrenés par des produits toxiques, ces derniers risquant de réapparaître avec la récession. On se focalise sur le crédit hypothécaire. Mais n’oublions pas que tous les crédits à la consommation ont été titrisés, y compris en Europe. Il y a en France une trentaine de milliards de crédits risqués aux entreprises (les LBO, qui sont des prêts gagés sur la valeur future des entreprises rachetées). L’entrée dans le capital des banques permettrait aussi de réorienter leur politique de crédit en direction des PME dans le cadre d’un véritable plan de relance tiré par une politique industrielle qui aurait un impact sur les carnets de commandes des sous traitants. Mais il faut, de plus, redéfinir les règles du jeu afin, notamment, d’encadrer sévèrement la titrisation1, à l’origine de la prolifération des dérivés de crédits toxiques dans les bilans des banques, qui rémunèrent grassement leurs traders pour spéculer sur ces produits.

Liêm Hoang Ngoc

Se tourner à nouveau vers le monde

27 août 2009

Le Système est devenu définitivement allergique à toute idée de régulation, de compromis, de partage. La cupidité des bénéficiaires des nouveaux privilèges et des rentes boursières a atteint un degré d’anti-humanisme qu’il n’est plus possible de raisonner. De ce fait, l’Etat providence a été mis hors jeu et son soubassement social-démocrate avec. Après quelques sentences cyniques sur la mort du capitalisme, prononcées le plus souvent par ses serviteurs soudains zélés pour le moraliser, chacun s’est finalement contenté de la mise au coffre du banquier Madof : le coupable étant trouvé, la Machine, cette folie qui gangrène la planète entière, peut repartir de plus belle. A la recherche permanente de gains déments et immédiats, les profiteurs voraces ne se préoccupent même pas de savoir qu’ils ont engendré le pire : à ce rythme, nos jours sur cette Terre sont peut-être comptés.

C’est à nouveau vers le Monde qu’il faut se tourner

C’est le destin et le dessein de la gauche de porter la construction d’un projet pour l’Humanité.

Au fond, pourquoi militons-nous à gauche ? Si le modèle capitaliste est explicitement le contrepoint de notre projet d’émancipation, l’anticapitalisme ne signifie rien de plus que ce qu’il proclame. Autrement dit, il reste un slogan pauvre. L’anticapitalisme, comme rejet de l’exploitation économique de la masse des hommes et des ressources naturelles par une poignée de propriétaires est essentiel mais ne suffit pas à dessiner un projet politique d’émancipation des hommes et particulièrement des femmes, premières victimes des désordres du monde et des rapports de domination. C’est précisément la question de la perspective, de l’autre monde – de ses contours, de ses buts, de ses moyens (y compris pour déposséder les possédants, moyen que ne pensent plus les socialistes) – qui doit être au cœur de notre propos.

Que combat on ?

https://i0.wp.com/www.planetecologie.org/ENCYCLOPEDIE/EnvironQuotidien/Sites/images/globe.gifSanté, éducation, communication, justice, alimentation, logement etc. ce que déconstruit méthodiquement le libéralisme mondialisé ne porte en germe rien d’autre que la déshumanisation des rapports sociaux et peut-être même le chaos social et politique pour de longues années. Aujourd’hui, la soumission de nos industries aux logiques d’argent déshabille l’Europe et augure d’une incapacité prochaine à assumer concrètement l’indépendance et l’unité du continent européen, déjà mise à mal par la concurrence institutionnalisée entre les peuples. En pleine crise, les sommes versées dans les banques ou les entreprises de construction automobile, comme on verse l’eau dans le tonneau des Danaïdes, sont sans contrepartie : chaque euro donné est ainsi un euro donné gratuitement par le contribuable, obligé de s’en remettre à l’honnêteté économique des bénéficiaires et, peut-être, à des temps meilleurs… Le pouvoir politique lui-même devient l’un des meilleurs agents des intérêts de quelques-uns. Pendant ce temps, la cohorte des sans emploi qui vient allonge la liste de ceux qui n’auront bientôt plus rien à perdre…

Le pouvoir en place inquiète aussi de plus en plus démocrates et républicains : fichiers généralisés, procédures de justice expéditive, pratiques policières agressives (arrestations spectaculaires, rafles, contrôles arbitraires), chasse aux immigrés pauvres, pénalisation de l’enfance délinquante, discours sur les prédispositions génétiques… C’est tout l’espace européen qui est percuté par ces dérives. Les mises au pas des contrepouvoirs institutionnels et médiatiques en disent long sur les dérives liberticides en cours, comme s’il s’agissait d’empêcher toute réaction organisée et durable des classes sociales qu’on appauvrit par ailleurs… Pendant ce temps, les dérives racistes en Italie et en Grèce inquiètent. La persistance de l’extrême-droite en Autriche à un haut niveau fait peur. Bien d’autres signaux nous alertent et la liste des ombres inquiétantes est longue. C’est dans ce climat d’insécurités, souvent construites volontairement, que le parti de l’ordre fonde sa légitimité.

La droite libérale et autoritaire fonde ainsi sa politique sur cette double agression : le pouvoir aux riches d’abord ; le pouvoir au Pouvoir ensuite.

D’abord, donner du Sens :

Jamais la civilisation humaine n’a atteint un tel degré de connaissances, de savoirs, de technologies, de techniques, de sciences, de médecine susceptibles de faire le bien commun ; la droite reste ontologiquement incapable de répondre à cet enjeu de civilisation alors que la gauche doit précisément incarner la dignité de l’Humanité.

Nourri de toutes ses écoles (et l’écologie politique en est désormais une à part entière) le but du socialisme est triple : l’indépendance du Monde, l’émancipation du genre humain et l’épanouissement de l’individu, chaque horizon étant consubstantiel de l’autre. Ce qui signifie aujourd’hui : remettre en cause le modèle productiviste ; réduire les écarts de revenus en augmentant réellement la rémunération des travailleurs dans le monde ; refonder la notion de propriété en économie ; dépasser les historicités guerrières pour tendre vers l’unification du monde…bref aller à l’idéal. En précisant à cette étape qu’un tel dessein n’aura de portée réelle que s’il établit in fine, en fait et en droit, l’égalité des femmes et des hommes, et lutte contre les rapports de dominations sociaux, collectifs et individuels.

Parce que nous nous situons dans une perspective universelle, nous revendiquons un parlement démocratique – et donc aussi un gouvernement – mondial. On ne peut vouloir l’unification du Monde et rester paralysé à l’idée que les résolutions des Nations unies sont, pour les plus essentielles, des lettres mortes. On ne peut souhaiter l’indépendance du Monde et accepter sa prise en otage par des intérêts privés. On doit pouvoir hisser haut l’idée d’une monnaie commune (les Chinois ont soulevé ce thème récemment en suggérant l’hypothèse d’une monnaie de réserve mondiale), et pourquoi pas unique à terme ? On doit reposer la question de l’appropriation des biens ou des industries essentiels à notre vie et à notre civilisation que sont l’air, l’eau, l’espace et ses planètes, le pétrole, le gaz, les transports, les télécommunications, les banques etc. en inventant par exemple des consortiums publics, locaux ou mondiaux.

Défaire le mensonge de Tina (« There Is No Alternative ») :

Les pouvoirs actuels nous expliquent tranquillement que nous allons devoir nous résigner à vivre moins bien qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, quand la moitié du monde n’était qu’un champ de ruines sur lequel nous avons pourtant su construire dans de nombreux pays le plus beau système de solidarité entre les hommes : la sécurité sociale. Ce simple exposé (« vivre moins bien dans un monde plus instruit et plus riche ») est à la source du bug mental qui est train de s’opérer dans les esprits : les explications qu’on nous fournit pour justifier le recul de notre condition d’animal civilisé ne sont tout simplement pas possibles à l’aube du XXIème siècle. A l’évidence, le pouvoir et les puissants mentent : tout ou presque existe aujourd’hui pour construire le bien commun de chaque être humain sur la Terre. L’instruction, l’accès à l’eau, l’accès aux soins et aux médicaments, l’accès à un logement desquels sont aujourd’hui exclus des milliards de citoyens sont des rêves accessibles en quelques années. L’argent existe, pour s’en convaincre il faut s’arrêter un instant sur quelques chiffres. Ceux de la France suffisent à la démonstration : le salaire moyen des 50 premiers patrons en 2007 s’établit à 383 000 euros soit 310 fois le Smic et il a augmenté de 58 % ; 10 % de la population possède 50 % du patrimoine ; les entreprises du CAC 40 ont réalisé 100 milliards de bénéfices en 2008 ; les employeurs bénéficient de 60 milliards d’allègements fiscaux ; les fameuses niches fiscales s’élèvent à 72 milliards ; 320 milliards de caution aux banques ; 15 milliards de bouclier fiscal ; notons enfin que les 500 « premières » familles ont gagné 80 milliards de plus en 2007 qu’en 2006. Sans doute les caisses de l’Etat se vident tandis que les poches de quelques nantis se remplissent, mais qui a opéré le transfert de nos richesses vers ces gras fainéants ? Heureusement pour eux, on ne met plus les têtes au bout d’une pique, mais si nous étions encore au temps de la Grande Révolution française ils subiraient un mauvais sort…

La fin du productivisme ou la reconnaissance de l’utilité commune en économie.

La catastrophe écologique et la crise économique viennent mettre en question la survie même de la Terre et de ses espèces vivantes. Les conséquences sociales se précisent, s’aggravent ; les solutions politiques se cherchent… mais pour quel modèle de développement ? Nos sociétés sont inondées d’objets inutiles, leur production et leur circulation même deviennent destructrices et polluantes. Quant aux processus de fabrication, malgré des normes sanitaires et chimiques de plus en plus exigeantes en Europe, ils tuent à la tâche : dans les pays occidentaux, on meurt plus des AVC que des coups de grisou désormais. Dans les autres pays, comme en Chine, on met les hommes en situation d’exploitation proches parfois de l’esclavage pour répondre aux « demandes » du Système. Tous les pays du monde sont au diapason de ce productivisme qui est en vérité devenu un obstacle au développement : ces fondements de civilisation humaine que sont les métiers et les artisanats, du commerce à l’agriculture, sont obligés de se soumettre (monocultures criminelles, standardisation des valeurs éphémères et superficielles, négation de la culture…), condamnées à se renier jusqu’à disparaître.

C’est ce qui fonde notre économie depuis plus de deux siècles : produire toujours plus en privilégiant une logique de l’offre au moindre coût possible pour le propriétaire : et l’exploitation capitaliste fut. Pourtant, l’addiction à la croissance productiviste montre ses limites : aggravation de la grande inégalité Nord-Sud, crise climatique, épuisement des ressources naturelles, crise alimentaire, sociale. L’accumulation des biens matériels n’a finalement produit ni bonheur collectif ni épanouissement individuel. Il est temps de mettre en avant autre chose qu’une seule croissance, qu’une relance de la consommation ou qu’un simple hausse du pouvoir d’achat qui ne font que renvoyer l’homme à sa condition de consommateur, d’acheteur potentiel plus ou moins comblé par le montant de son salaire, quand il en a un.

Il faudra dépasser cette contradiction : d’un côté, la planète autant que nos techniques et nos connaissances pour maîtriser rationnellement la nature suffisent largement à couvrir les besoins de tous ; d’un autre côté nos cultures économiques produisent et consomment plus que la planète ne peut le supporter. Le mouvement socialiste ne sera régénéré qu’à l’aune de cette critique du productivisme et du consumérisme et à la condition de poser les bases d’un autre modèle de développement.

Remplacer le productivisme par l’utilité commune, répondre à l’exigence d’une économie raisonnée : c’est cet axe politique qui fondera le socialisme moderne. Sur quoi se fonde l’utilité commune ? Sur les besoin de chacun d’une part (arrêt de la surproduction et de la surconsommation, développement des économies locales autosuffisantes, etc) ; sur l’intérêt général d’autre part (normes sociales et environnementales hautes).

Contre le vol de propriété : coopérative conte SA

La plus grande escroquerie du capitalisme a consisté – postulat originel – à mettre sur le même plan toutes les notions de propriété, au nom du Droit imprescriptible à la propriété privée : la propriété de l’individu (sa maison, sa voiture, sa montre, …) avec la propriété des entreprises (c’est-à-dire les outils, la force de travail humaine et les capitaux qui leur seraient nécessaires). Ce droit de propriété s’est même étendu très tôt aux biens de premières nécessités et aux ressources naturelles (l’eau, le gaz, le pétrole, le métal, etc). L’inégalité a ainsi trouvé un fondement juridique supérieur à tous les autres puisqu’il s’agit d’un Droit de l’Homme : le Droit de propriété. Le consensus de Washington a achevé, dès la chute du communisme en 1989, de sécuriser les droits de propriété privée parmi les principaux préceptes de l’économie libérale imposée aux Etats par la Banque Mondiale et le FMI. C’est ainsi que nul ou presque n’a résisté aux vagues de privatisations, c’est-à-dire de transferts de ressources collectives au bénéfice de quelques uns.

La question posée à la gauche est ainsi formulée : y a-t-il un quelconque archaïsme à exiger qu’avant même de parler du partage soit posée la question de la nature même de la propriété économique dans nos civilisations ? Que l’individu jouisse de son droit à la propriété individuelle n’est certes pas contestable. Mais que peut-il posséder pour lui ? Ou plutôt, que ne peut-il pas posséder ? Arrêtons-nous par exemple sur le sujet de l’eau. Quelle morale autorise un groupe d’homme à posséder 60 % des bénéfices de l’exploitation de la vente de l’eau ? Quelle autre morale justifie qu’à ce vol s’ajoute l’insulte faite à près de 3 milliards de personnes qui n’ont guère accès à une eau saine ? Avançons d’un pas : pourquoi une entreprise d’intérêt général (dans le domaine des postes, de l’énergie, de la santé par exemple) appartiendrait à une poignée d’actionnaires en lieu et place de l’Etat (c’est-à-dire des citoyens) si ce n’est pour satisfaire les intérêts illégitimes d’une poignée d’ennemis de l’humanité ? Bref : n’est-il pas temps d’assumer à nouveau sans complexe la propriété publique dans l’économie : locale (régies par exemples), nationale (Etat) ou supranationale (consortiums publics financés par les Etats) ? Allons encore plus loin : pourquoi les entreprises privées n’auraient pas comme principe économique le partage à parts égales de la valeur de l’outil de production ? Après tout, une entreprise devrait d’abord refléter l’esprit de coopération entre les hommes (idéal socialiste) et non la subordination du plus grand nombre à quelques uns (modèle capitaliste).

Autrement dit, pourquoi renvoyer sans cesse à la marge d’un improbable « Tiers-secteur » ce qui devrait être une norme économique centrale ? Bien entendu se poserait alors la question de la spoliation, sans doute réelle, de petits patrons ni riches ni cupides qui ont fait dépendre leur propre vie des investissements nécessaires à la création de leur entreprise. Il faudrait sans doute pour ceux-là – dont l’intention manifeste n’est pas de voler – une période (sans doute une génération) ou une juste compensation pour leur faire accepter l’idée que l’entreprise devient la propriété partagée de tous ses utilisateurs. Sans doute aussi certains modèles d’entreprises « privées » seront hors champ coopératif, mais cette fois à titre exceptionnel. Bref, la gauche devra défendre à nouveau la propriété publique et la propriété sociale comme normes de propriété économique principale. La remise en cause de la propriété privée comme pilier central de l’économie de marché ne signifie nullement la fin du marché, mais sa transformation profonde, ontologique, autour de l’homme. Car il y a toujours eu, depuis le troc jusqu’à nos jours, à travers tous les régimes, un marché, c’est-à-dire un système d’échanges de biens basé sur la valeur de ces derniers. Ce n’est donc pas le marché qui est en cause mais la nature du marché.

Relocaliser l’économie, protéger les économies locales

Les besoins d’expansion des grandes sociétés capitalistes ont été rendus définitivement possibles avec la Chute du Mur de Berlin ; encore a-t-il fallu faire sauter tous les obstacles à un tel dessein : les Etats, ou plus exactement leurs frontières (économiques). C’est ainsi que le libre-échange s’est imposé comme une des principales vertus du monde moderne…avec les conséquences catastrophiques que l’on sait. Une fois la barrière douanière défaite, le mécanisme devient d’une extrême simplicité : les grandes firmes produisent leurs marchandises là où la main-d’oeuvre est la moins chère et l’écoulent là où le niveau de vie permet des marges extraordinaires.

Dans le domaine agricole, la surexploitation des terres arables va être aggravée par les exigences nouvelles bientôt imposées en matière d’agro-carburants avec des conséquences de pollutions des sols qui risquent d’être catastrophiques…et nuire in fine à la possibilité même de développer des agricultures saines. Là encore, les Etats les plus faibles vont être inondés des produits agricoles pour la satisfaction non des besoins essentiels des hommes mais des appétits des grandes compagnies.

Mettre un terme à ce système implique d’agir principalement dans deux directions :

- relocaliser les productions, qu’elles soient manufacturières, de services ou agricoles afin de tendre, autant que faire se peut, vers l’autosuffisance, les échanges commerciaux devant se limiter à ce qui n’est guère « productible » in situ (autrement dit, inutile de manger des fraises en hiver).

- Taxer très fortement les importations de produits concurrentiels, c’est-à-dire instaurer un protectionnisme économique intelligent, respectueux des normes sociales et de l’environnement.

Choisir l’immigration plutôt que l’immigration choisie.

200 millions de personnes migrantes à travers le Monde aujourd’hui ; sans doute près d’1 milliard d’ici 2050, c’est-à-dire demain. 1/10ème de la population mondiale sera déplacée, contrainte de trouver ailleurs le minimum qui ne sera plus accessible sur leur terre d’origine : le pain, le travail, la terre ou même la paix. L’Europe pourra toujours construire ses forteresses, rien n’empêchera des millions de gens de tenter une intrusion légitime vers le pays d’une seconde chance. Il faudra accueillir. La légalisation de l’accueil est d’ailleurs le seul moyen efficace de lutter contre le travail au noir, c’est-à-dire contre le nivellement des salaires par le bas du fait de la pression exercée malgré eux par les sans papiers sur les autres travailleurs. Cette stratégie patronale ne cessera qu’à la condition de rendre impossible ce chantage salarial.

Mais ne nous leurrons pas avec de fausses peurs : c’est d’abord dans les pays pauvres que les dérèglements démographiques seront les plus explosifs, pour la simple raison que la très grande majorité des migrants vont d’abord s’installer … le plus près possible de leur pays d’origine ; ce qui est déjà le cas aujourd’hui. Le flux migratoire Sud-Sud, déjà plus important que le flux Sud-Nord, ne va cesser de croître et aggraver ainsi la situation explosive des pays les plus pauvres. Or, laisser la gestion des flux migratoires dans les seules mains des relations bilatérales ne peut déboucher sur rien d’autres que la perpétuation d’une politique qui se révèle désastreuse : hermétisme officiel des frontières d’un côté, pillage des cerveaux de l’autre. C’est pourquoi il faut donner à une agence mondiale de l’immigration les pouvoirs de gérer les demandes de migration, et de mettre en relation ces dernières avec les capacités d’accueil de chaque pays viable.

Pour la démocratie

L’idée démocratique – en fait la démocratie libérale – recule en même temps qu’elle fait la démonstration de son impuissance relative. En réalité, la délibération collective n’est pas, même quand le peuple la délègue à ses représentants. Ces derniers décident de moins en moins, sauf le plus souvent pour défaire l’intérêt général ; et pour cause : ils ont eux-mêmes organisé leur propre affaiblissement politique en transférant au privé ce qui relève de l’autorité du vote. Combien de hautes autorités, de comités Théodule qui servent de prétexte pour engager les mesures les plus scélérates ? Pire, même quand le peuple s’exprime directement, les dominants – battus par les français, les néerlandais et les irlandais sur les référendums européens – ne trouvent rien de mieux que de décréter la souveraine décision nulle et non avenue ; et de repasser par le parlement acquis à leurs thèses ou d’exiger du peuple qu’il revote jusqu’à satisfaction de la Cour. On ne se représente sans doute pas encore les conséquences catastrophiques d’un tel déni de démocratie car même l’idée de changement par le vote paraîtra finalement inutile, en écho au sentiment d’abandon, de non-respect des promesses, voire de trahison que ressentent objectivement les électeurs.

Il faut d’urgence penser la démocratie nouvelle, celle où rien ne se fait contre l’Homme et où tout se fait par lui, celle où le contrôle par le peuple et/ou ses représentants est effectif, où la sanction est réelle. Inutile de redire longuement ce que la pensée démocratique a déjà exposé à notre jugement depuis les Lumières : élections proportionnelles, une assemblée délibérante et seule législatrice au nom du peuple, un exécutif chargé de l’application des lois et de la représentation de la Nation, une Justice rendue par des magistrats fonctionnaires, etc.

A l’échelle du Monde, le déni de légitimité de l’expression collective est évidemment rendue possible par la marginalisation croissante de l’ONU au profit d’instances ad hoc (mais faites pour durer) comme le G 20 ou d’organisations qui ne sont nullement préoccupées par le développement humain (c’est plutôt l’obsession de la croissance capitaliste qui hante le FMI) ni par la coopération entre les Hommes (OMC) : ces lieux ne sont rien d’autres que les lieux où les riches et les puissants prennent les décisions qui leur conviennent ou les dérangent le moins.

En matière de renouveau démocratique, le mouvement socialiste devra particulièrement insister sur trois questions, nouvellement posées à l’aune de la mondialisation libérale :

- l’invention d’une démocratie mondiale, c’est-à-dire refonder l’ONU, poser la perspective d’un gouvernement du Monde et faire suite à l’une des principales revendications progressistes modernes : la transparence de la diplomatie et des prises de décisions, fondées elles-mêmes sur des principes de coopération et de progrès et non de domination et de contrôle des ressources mondiales par quelques nantis.

- la lutte contre le pouvoir des entreprises privées de médias et de communication, dont la médiocrité est mise au service d’une dangereuse dépolitisation, principale garantie de longévité des puissants de ce monde

- l’association la plus étroite des citoyens aux décisions qui les concernent, via leurs organisations collectives, leur participation directe ou leur vote.

Une gauche décomplexée, c’est quoi ?

On sait que les possédants ne se laisseront pas déposséder avec le sourire. La gangrène mafieuse, légale ou non, est prête à tout pour empêcher sa marginalisation des circuits d’enrichissements qui font leur pouvoir et leur domination. C’est une des raisons majeures pour lesquelles le changement passe pour fondamentalement impossible dans l’opinion commune : fuite des capitaux, troubles sociaux, puissants inaccessibles et surprotégés par des hommes-fusibles et des moyens de protection démesurés, connivences des classes dirigeantes, etc. tout est dit pour faire du rêve républicain une chimère. Un des désastre intellectuel qui mine la pensée contemporaine est la culture du discours complexe : chaque proposition est immédiatement annulée par la suivante. Prenons un exemple : « il faut garantir aux français le droit à la retraite à 60 ans ; mais il faut prendre en compte la pénibilité du travail ». Soit il s’agit de rétablir les droits à la retraite dès 55 ans que la droite a supprimés pour certaines professions (instaurées justement au nom de leur … pénibilité) ; soit il s’agit de faire dès la deuxième phrase une entorse au principe préalablement posé. Comme les français ne sont pas les abrutis qu’on veut bien nous vendre, ils ont parfaitement compris vers où penchait la balance, a fortiori quand ils ont entendu l’incroyable propagande des « experts » du Régime. Ce genre d’énoncés complexes, que des socialistes ont parfois adoptés comme clé de raisonnement dans bien d’autres domaines, est le signe que la pente du renoncement a été bien engagée. La première des tâches consistera donc à affirmer nos idées avec clarté, c’est-à-dire à assumer ce qu’elles impliquent comme affrontement politique, comme rupture systémique, comme effort de pédagogie. N’oublions jamais que gagner une bataille politique passe par aussi par le souci de « gagner les esprits ». La droite a, mieux que la gauche, formidablement su utiliser les préceptes de Gramsci en matière de bataille culturelle.

Il nous faut non seulement convaincre de la justesse des idées sociales mais aussi faire la démonstration qu’elles sont réalistes. Autrement dit, comment allons-nous nous y prendre ? Avec quelles lois, assorties de quelles sanctions, et quelles garanties de pérennité. Si nous restons sur l’exemple de la retraite, il est évident que nous avons largement les moyens de garantir à tous nos concitoyens de plus de 60 ans une retraite digne. Il faudra pour cela transférer une partie des ressources des plus riches vers les droits sociaux (comme d’ailleurs vers les services collectifs). Ce qu’il faut dans cette affaire, c’est montrer notre détermination à oeuvrer pour le droit au bonheur des êtres humains, sans jamais transiger sur l’objectif, sans jamais renoncer à la coercition par la Loi en cas de confiscation par une poignée d’individus de la possibilité même que le plus grand nombre ait accès concrètement à ce droit.

Cette même détermination devra être affichée dans quatre autres questions en particulier :

- l’échelle des revenus : au nom de la morale la plus élémentaire, les êtres humains ne sauraient se distinguer entre eux par la fortune. Le rétrécissement de l’échelle des salaires (de 1 à 7 par exemple entre le plus petit et le plus élevé des salaires d’une entreprises) et même le plafonnement des salaires afin d’empêcher que ne perdurent l’indécence de certaines rémunérations, que l’on courre après un ballon de football ou que l’on exploite ses semblables ;

- la préservation de la planète : elle ne pourra être garantie que si des normes contraignantes sont légalement adoptées (les sciences modernes nous indiquent aujourd’hui quelles sont les normes saines) qui doivent présider aux processus de fabrication, de transport et de consommation et à la condition de pénaliser les délits écologiques, sur la base d’une justice universellement compétente ;

- l’affirmation de l’autorité publique sur les autorités financières, à commencer par les banques, en commencant par l’interdiction des crédits à la consommation dont les taux d’intérêts seraient supérieurs aux taux d’intérêts définis par les pouvoirs publics : on a vu où nous ont mené les subprimes, inutile, même pour un lave-linge, de faire perdurer un système qui broie les plus pauvres et agresse l’économie réelle ;

- le comportement politique : l’exemplarité est une vertu mais en économie comme en politique, l’autorégulation des comportements est une chimère. La loi devra enfin et définitivement contraindre à l’interdiction du cumul de certains mandats entre eux, ainsi qu’avec l’exercice d’une profession rémunérée.

Doter la gauche d’une nouvelle structure internationale.

Certes un gouvernement de gauche en France aurait des marges pour agir et construire des alliances progressistes internationales. Mais, alors que l’humanité a conscience d’elle-même, le socialisme dans un seul pays est tout bonnement une impasse. Déjà, les rencontres annuelles du Forum social Mondial avaient fait la démonstration, en particulier les premières années, de la possibilité objective de faire converger des forces progressistes, quelles qu’en soient la nature (associations, syndicats, etc.). Il faut approfondir cette voie qui rassemble des militants de tous horizons, elle est la seule porteuse de saine récolte.

Pensons un instant que l’actuelle Internationale socialiste compte en son sein des partis tels que le RCD de M. Ben Ali, dictateur notoire, le parti de M. Alan Garcia (le président du Pérou) qui s’est illustré par une répression sanglante des indiens d’Amazonie expropriés de leurs terres ; notons aussi que les plus hautes autorités du SPÖ (le parti social-démocrate autrichien), MM.Fischer et Gusenbauer, respectivement président de la République et chancelier, avaient insisté pour assister aux funérailles de Jörg Haider le 18 octobre 2008 ; gardons enfin en tête qu’en Allemagne, et dans plusieurs pays européens, les partis membres de l’internationale socialiste gouvernent avec …. les droites libérale, conservatrice, etc. C’est bien à l’échelle mondiale qu’il faut fonder une nouvelle alliance internationale des progressistes, si nous ne voulons pas être ensevelis par nos propres vestiges. Sans tarder, il faut s’atteler à la construction de cette tâche politique majeure sur les 5 continents. Et débattre de ces nécessités nouvelles pour l’Homme, notre planète et ses espèces.

Pouria Amirshahi


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